jeudi 3 mai 2012

Les Grands jeux Romains de Nîmes, côté coulisses

C'étaient les 28 et 29 avril derniers, c'étaient les Grands jeux Romaine de Nîmes. Grandiose manifestation historique dont le thème cette année était : "la Guerre de Troie" décliné sur le mode des grands spectacles donnés lors des grandes fêtes romaines. L'usage était alors de retracer un grand évènement historique ou mythologique en représentant ses grandes étapes par des défilés, des combats et des batailles, des pantomimes, des chants et de la musique. Défi relevé avec brio par l'agence Culturespaces, chargée de l'animation des sites historiques de la Ville de Nîmes.
Avec plus de 400 figurants, le spectacle a enchanté le public venu nombreux pour y assister. Nous n'allons pas ici illustrer le spectacle lui-même, d'autres, et ils sont nombreux s'en sont chargés. les photos et les vidéos se trouvent déjà en grand nombre sur la toile. C'est à l'arrière des arènes dans la rue des artisans, et dans les coulisses, dans la pénombre des arcades où se préparaient les figurants que nous irons nous balader.

Lieu tout à fait hors du temps où tout un petit monde se costume avant de se rassembler pour entrer dans les arènes par un long couloir voûté qui répercute les clameurs de cet extraordinaire public nîmois.
Cavaliers gaulois de la troupe des Ambiani attendant leur entrée en lice...
Cliquetis d'armes, claquement de sabots, centurions beuglant des ordres de rassemblement cent fois répétés par l'écho des voûtes, relents de sueur et de crottin, ces arcades et les sombres couloirs voûtés qui mènent à l'arène sont des lieux étranges et fascinants qui ont catapulté tout ce petit monde dans le tourbillon de l'histoire.
Cavalier romain contrôlant une dernière fois son harnachement. Pour les parades, il était de coutume que ces hommes évoluent masqués de bronze ou d'argent.
Les différents tableaux du spectacle se succèdent rapidement. Simulacres de batailles, démonstrations de cavalerie, combats de gladiateurs, exhibition de prisonniers et de butin de guerre...
Farouche prisonnier picte ( Gildas de la troupe des Ambiani) conduit par un légionnaire. Dernier voyage?
Les grands moments de ce spectacle sont toujours précédés d'une musique aux instruments à vent. c'est un rituel important qui scande ces étapes des jeux.
Pascal Minne, le sonneur de cornu (Gallia Musica, ensemble Aeneatores) très zen comme toujours, attend son prochain tour...
Mais le spectacle se passe aussi à l'extérieur, à l'arrière des Arènes où se tient le marché des artisans et où les troupes se préparent aux défilés...








Les porte-enseignes de légions attendant le défilé... Belles "trognae" burinées par le soleil et la poussière de toutes les routes de l'Empire...
Le marché des artisans. On y travaille le verre et le métal, le cuir, le pierre et la terre...
Un artisan gaulois au travail...
Très belles photos de Véronique Cornuault
A lancer le tour au bâton...
Centrage de la balle d'argile...
En toute discrétion, elle est passée. Elle n'est pas professionnelle, elle est photographe par passion. Elle a su saisir l'instant magique. Une image exceptionnelle. 17 ans de pratique du tournage résumés dans cette image...

Pour voir le set complet de photos, lien vers la page "Artisans" de Véronique:
 https://www.facebook.com/media/set/?set=a.250400771658990.68923.207701842595550&type=3

Lien vers la page de Véronique Cornuault sur Facebook:
https://www.facebook.com/pages/Photos-vero-Ninou-chkaya/207701842595550

Un très grand merci à Véronique!

Et un grand merci aussi à cet exceptionnel public nîmois! Nous reviendrons l'année prochaine, c'est certain!

Autres liens:
Les Ambiani, troupe gauloise d'archéologie vIvante: http://www.les-ambiani.com/site.php
Gallia Musica, évocation de la musique antique: http://www.galliamusica.com/
Culturespaces, organisateur des Grands Jeux et gérant du site:  http://www.culturespaces.com/fr/home

dimanche 26 février 2012

Cuissons d'hiver, acte II. Une nouvelle cuisson réductrice.

La fournée précédente était une belle réussite, il ne fallait donc pas s'arrêter en si bon chemin. De plus, le temps était nettement plus doux et en plus on s'impatiente toujours outre-Jura et au-delà de la Sarine...

Je vous passerai donc l'étape du chargement du four, petit exercice d’équilibrisme qui consiste à édifier des piles de céramiques crues dans une chambre de cuisson devenue quelque peu bancale au fil des années. Peu photogénique et donc assez fastidieux à suivre. Fastidieux aussi parfois pour le potier qui doit constamment prendre garde aux risques de basculement de ces piles de récipients encore fragiles. Et faire de la casse à l'enfournement, parmi les petites misères des potiers, c'est bien là une des plus rageantes...

On prend donc le fil des évènements au moment de la réduction. le pic de température étant atteint, la cheminée est refermée et les gaz de combustion se réenflamment lors de leur passage au travers des fissures.
 Dès ce moment le travail se fait "à l'aveugle". Impossible de voir ce qui se passe dans le four. Il faut estimer la baisse des températures. Et comme je suis un intégriste, je travaille sans thermomètre...

























On peut tenter cette évaluation par l'observation des flammes d'échappement,mais c'est aléatoire. la formation de suies dans le foyer est un meilleur indicateur pour déterminer le moment de l'enfumage.
En attendant, de bois poisseux et un peu humide active le processus.
 De temps à autres, il faut touiller les braises et les étaler. Attention aux retours de flamme! Ce sont des moments où il fait rarement froid devant le foyer...
Ensuite vient le bourrage du foyer aux écorces humides, puis on obture le tout. Et on attend. Deux jours au moins, comme toujours. Il faut beaucoup attendre dans le métier de potier. Attendre que les pièces sèchent, que le four chauffe, puis qu'il refroidisse. Peu indiqué pour les impatients, comme activité...

Trois jours après, défournement. L'ouverture de la porte est toujours un moment où  les petites angoisse de la fin de la cuisson refont surface. Si il existe une question qui a torturé les potiers de tous les temps, c'est bien celle de prendre la décision de terminer une cuisson. Comment être sûr d'avoir atteint la bonne température? A-t-on tenu le palier final suffisamment longtemps? L'enfumage a-t-il été démarré au bon moment?
Mais maintenant la procédure est bien rodée, et malgré le caractère assez aléatoire de ce genre de cuissons, les ratés de grande envergure sont devenus rares.


 La fournée est réussie, et comme la dernière fois, ce sont essentiellement des gobelets gaulois qui se trouvent devant l'ouverture. Ce sont les plus délicats à empiler avec leurs pieds parfois très étroits.

 Parmi les premiers à être extraits, ce gobelet balustre typique de la première moitié du Ier siècle avant notre ère. Curieusement, c'est une forme que l'on va trouver dans des lieux très éloignés les uns des autres, comme Manching en Bavière, Bourges, ou encore le Mont Vully en Suisse.
Il est devenu parfaitement noir à la cuisson, et le reflet du ciel bleu luis fait prendre une teinte "aile de corbeau" à la prise de vue.










 Un peu plus loin dans le four, toujours quelques gobelets, mais aussi des pichets mérovingiens réalisés par Eric Angehrn: ceramed-poterie.blogspot.com

Vaisselle de légionnaires

Et comme la dernière fois, un lot de pièces pour Alesia. Aujourd'hui, un lot de gobelets, bols et écuelles réalisés d'après les tessons issus des fouilles des campements de la Plaine des Laumes, dans la région des grandes fortifications édifiées par César:

 Ce qui frappe d'emblée, c'est aussi de la vaisselle noire! Comme celle des Gaulois. En fait c'est bien de la vaisselle gauloise, fabriquée par des Gaulois, mais que les Romains ont achetée lors de leurs périples an Gaule lors de cette guerre qui dura 6 ans. César n'a pratiquement jamais été en guerre contre toutes les tribus Gauloises, et cela lui a permis de s'approvisionner auprès des ses alliés du moment, que ce soit en nourriture ou en fourrage pour les bêtes, ou en ustensiles du quotidien. Tout au plus, en ce qui concerne cette vaisselle, les Romains la commandaient selon leurs modèles.
Mais au moment su siège d'Alesia, pratiquement toutes les tribus s'étaient révoltées, et probablement ces vases avaient été achetés ailleurs quelques temps auparavant. Constellées de paillettes de mica, ces pièces pourraient bien venir d'Auvergne, par exemple.

Et enfin, pour en savoir plus sur Alesia, une excellent article de Mireille Descombes dans l'Hebdo de cette semaine:
 Vous le trouverez ici, en texte intégral: http://www.hebdo.ch/la_revanche_des_gaulois_149227_.html
 Mais pour obtenir les illustrations, il faudra acheter le journal en version papier. il restera encore quelques jours en kiosque...
En plus de l'histoire de la bataille et du site, vous y trouverez une interview de Bernard Tschumi, concepteur et architecte du nouveau Centre d'interprétation: Un bâtiment d'exception pour un site exceptionnel!

Le Centre d'Interprétation tel que vous le verrez dès le 26 mars (Photo C Bernard Tschumi Architectes à Lausanne et C www.alesia.com)
Site Web Alesia:  http://www.alesia.com/
Nb. Pour nos amis Français, l'Hebdo est un magazine romand d'actualités aussi bien mondiales que suisses. C'est un journal de débats et d'opinions, qui pourrait peut-être se situer entre le Nouvel Obs', l'Express et Marianne.

Et enfin pour terminer, une vue sur le lot complet issu de cette fournée:



Et déjà la cuisson suivante est en préparation.
Ce sera très différent, dans le style mais aussi dans la technique.
A tout bientôt donc, ô honorable visiteur!



dimanche 19 février 2012

Cuissons d'hiver: Une fournée réductrice.

C'était mercredi dernier, le 15 février. Un temps à ne pas mettre un potier dehors? Allons donc! Il suffit de s'habiller un peu plus chaudement et de prendre les quelques petites précautions d'usage dans ce genre de situations. Quelques vénérables institutions, le Muséoparc d'Alesia ou les Contubernia de Vindonissa, et des associations, comme Gladius Scutumque attendent leurs pièces et il n'est plus temps de mégoter.
Et en plus, même si la météo s'est considérablement radoucie après une période de gel sévère, il neigeait par intermittence ce jour-là. Et faire une cuisson sous la neige, c'est un petit bonheur que le froid ne pourra jamais dissiper!

 On dit parfois que les potiers antiques ne cuisaient jamais en hiver, et c'est probablement exact. mais, contrairement à ce que l'on peut penser, ce n'est pas une question de cuisson, mais plutôt de stockage des pièces crues dans des locaux sans chauffage. Que ces céramiques soient encore un peu humides et qu'un coup de gel survienne et ce sera la catastrophe, les argiles crues ne résistant pas du tout à la pression du givre qui se forme à l'intérieur des parois. Par accident cela m'est arrivé une fois et peu de pièces ont survécu à cette mésaventure. Par contre démarrer une cuisson par des températures en dessous de zéro degré ne pose pas de problème. Il suffit préalablement de chauffer légèrement le four pour éviter un petit coup de gel insidieux lors de l'enfournement et le tour est joué. Après, monter à 850 ou 900 degrés ne pose aucun problème. Cela ne représente que 20 degrés de différence au point de départ et c'est vraiment peu de choses...

Donc, il a fallu préchauffer, et accessoirement dégivrer le four le jour précédent, et le matin de ce mercredi 15 février on enfourne! par chance il ne neige pratiquement pas à ce moment, donc pas de risque de mouiller ou de tacher les céramiques crues.

 Comme il s'agit d'une cuisson réductrice avec enfumage, toutes les pièces, des répliques de céramiques fines et culinaires gauloises et gallo-romaines sont empilées sur des séparateurs, des "pernettes" dites aussi "pattes de coq". Ainsi on évite les points de contact qui laisseraient des zones plus claires qui peuvent être disgracieuses. A l'état cru, ces récipients sont gris clairs, rosés ou rougeâtres selon les types d'argiles utilisés.
Une fois rempli, le four est refermé, on obture la porte de chargement par des briques et on jointoie le tout au torchis afin que l'ait atmosphérique ne parvienne plus du tout à pénétrer dans la chambre de cuisson.
Le petit feu est lancé vers 10 heures, et on chauffe prudemment. Le four est un peu humide et il faut prendre le temps de faire un "effumage" correct, c'est à dire éliminer toute l'humidité résiduelle dans les céramiques et bien sûr sécher correctement le four. l'opération prend 4 bonnes heures, et dès 14 heures environ on peut démarrer progressivement le grand feu, qui dure à peu près 5 heures. Comme toujours je contrôle mes températures à la couleur du feu, sans pyromètre. Lorsque les céramiques auront atteint le rouge cerise, la température sera bonne pour attaquer la réduction. La cheminée du four est alors obturée, et de l'épicée sec, je passe à une variante plus poisseuse qui absorbera plus d'oxygéner pour brûler correctement et ainsi assurera une bonne réduction
Pendant la réduction, les gaz se réenflamment lors de leur passage par les fissures de la cheminée. Tant que cette flamme subsiste, c'est signe d'un bon processus réducteur..
Dès que la suie commence à se former dans le foyer, la cheminée du four est scellée, le foyer bourré d'écorces et également obturé afin d'empêcher toute pénétration d'air atmosphérique qui empêcherait le processus d'enfumage. Et la longue attente commence. le processus d'enfumage dure 36 heures au moins et il faudra donc attendre le surlendemain pour découvrir le résultat...

Et, faute de temps ce n'est finalement que le samedi que j'ouvrirai le four. Les écorces se consumaient toujours lentement, un peu de braise ardente subsistait toujours dans le foyer, ce qui est presque toujours le signe d'une fournée réussie.

 A l'ouverture de la porte, toutes les pièces sont parfaitement noires, sauf quelques unes qui ne devaient pas l'être, on verra plus tard pourquoi.

 Un bol cannelé gaulois parfaitement venu à la cuisson. Plus que noir, il est presque "aile de corbeau". Destiné au futur Centre d'Interprétation du Muséoparc d'Alesia, c'est la réplique d'une des rares pièces gauloises découvertes sur le site. La construction de la ville romaine peu après la bataille a complétement bouleversé le terrain et les tessons que l'on peut maintenant y trouver dépassent rarement quelques centimètres carrés.
Pour découvrir ce que sera le nouveau Centre d'Interprétation d'Alésia:
 http://www.alesia.com/
Ouverture le 26 mars! Ce sera LE site à visiter cette année! Qu'on se le dise!

 Autre bol gaulois d'Alesia issu de fouilles plus récentes. Il était tellement fragmenté que pour restituer son profil complet il a fallu travailler par comparaison avec des récipients similaires découvertes dans les sites de la région.
 Réplique d'un gobelet découvert sur l'oppidum de Bibracte. C'est un récipient emblématique de ce lieu quasi mythique. Ces pièces sont telles qu'elles sortent du four. Elles ne sont jamais recouvertes de cendre. Tout au plus une fine couche de suite peut s'être déposée sur leur surface, on peut le voir à l'état des mains du potier...

 Toute autre est cette vaisselle. Bien que les prises de vie aient été effectuées dans d'autres conditions, elles sont réellement grises et noires. Il s'agit de répliques de pièces gallo-romaines de l'atelier de la Rue St.-Jacques à Paris. Pour les réaliser, il a fallu choisir une argile qui refuse l'enfumage. Les terres deviennent grises par effet de réduction, mais il est pratiquement impossible de les imprégner de carbone. Au mieux, elles deviennent gris foncé comme celles-ci.
 Une jatte tripode de la Rue St.-Jacques. l'extérieur est gris, mais l'intérieur est noir brillant. Pour obtenir cet effet, on dépose au pinceau un engobe ferrugineux qui prend bien la réduction ET l'enfumage. L'effet brillant résulte d'une technique de dépose au pinceau, sans qu'un polissage soit nécessaire. Mais, avis aux amateurs, ce n'est vraiment pas facile à réaliser.
Et comme sur les originaux, on déborde quelque peu sur la panse externe...


 Et enfin, une bonne partie de cette fournée était constituée d'une grosse série de plats a feu pour le Legionärspfad de Vindonissa. En argile grossière, ils sont devenus aussi un peu bleutés par le force de l'enfumage. Ils permettent de frire légumes ou boulettes de viande directement sur les braises ou le gril. Deux baraquements, logements d'une centurie de légionnaires ainsi que de leur centurion ont maintenant été reconstruits à l'identique des bâtiments d'époque, et on peut y passer ses vacances ou un week-end hors du commun.
Présentation du camp légionnaire de Vindonissa sur le site d'Armae:
 http://www.armae.com/blog/les-baraquements-legionnaires-de-vindonissa.html
 Présentation du Legionärspfad Vindonissa sur le site du Canton d'Argovie. (en allemand et...assez spartiate...): http://www.ag.ch/legionaerspfad/de/pub/index.php

Première fournée de l'année réussie, et c'est toujours encourageant. Pas de casse, c'est assez rare. Des fournées telles que celle-ci, il y en aura d'autres. l'année promet d'être bien remplies, ces pages le seront aussi!
A tout bientôt donc, ô Honorable Visiteur!

mardi 3 janvier 2012








En 2012, 
on continuera 
à vous faire rêver!


Bonne année à 
toutes et à tous!

mercredi 21 décembre 2011

Une cuisson de céramiques gallo-romaines à revêtement argileux, août 2010

Réalisée simultanément avec une cuisson de pièces mérovingiennes, cette cuisson devait faire l'objet d'un article promis il y a quelques temps déjà.

Le lecteurs habitués à ces pages connaissent peut-être l'article en question, mais dans tous les cas vous le trouverez ici:
Une cuisson oxydante de céramiques du haut Moyen-Age

Soirée mémorable, et fournée qui le fut tout autant! Réaliser simultanément deux cuissons représente un gros travail de préparation, et une bonne coordination. Deux fourniers ne furent pas de trop, surtout durant les dernières heures durant lesquelles l'attention ne doit pas faiblir.
Au programme de cette cuisson en four gallo-romain, une grosse série de pièces tardives à revêtement argileux, ce que les archéologiques nomment "céramique métallescente" avec en plus des "sigillées tardives" ou "sigillées du bas-empire". Ce sont des pièces recouvertes de vernis argileux qui devra partiellement se vitrifier lors de la cuisson, rendant ainsi les pièces très dures et partiellement ou totalement étanches. Lors du refroidissement, si les bonnes conditions sont réunies, le vernis prendra parfois un reflet métallique qui justifie cette dénomination de "céramique métallescente". La raison de ces reflets reste pour le moment encore assez obscure. Peut-être qu'une couche de quartz fondu se répand à la surface des vernis, puis se cristallise dans deux sens différents lors des phases réductrices puis oxydantes, et renvoient ainsi une lumière irisée et partiellement décomposée, un peu comme lorqu'on colle deux plaques de verre avec un peu d'eau entre deux.
Dans le contexte antique, on peut considérer que ces céramiques relèvent d'une haute technicité, d'un savoir-faire immense que nous autres potiers modernes avons eu bien du mal à reproduire. En contexte moderne, ces pièces restent difficiles à réaliser, la préparation puis la cuisson des revêtements argileux restent complexes et demandent toujours un "certain" savoir-faire.  Surtout lorsque l'on travaille sans appareil de mesure de température, comme je le fais toujours. Quant on est intégriste...
Les deux fours, côte à côte, avant le début des cuissons. Ils débouchent dans la même aire de chauffe, ce qui facilite leur alimentation.



Le four est chargé, il ne reste plus qu'à allumer le feu. à ce moment les pièces, hormis celles qui sont peintes, sont toutes de la même couleur rouge terne.
le four gallo-romain est allumé vers 13 heures, le mérovingien à 16 heures. Au début, la chauffe est douce afin de ne pas précipiter l'évaporation de l'humidité résuiduelle, ce qui pourrait faire éclater les plus grosses pièces, et s'effondrer les empilements.

Après deux heures de ce "préchauffage", on commence à accélérer pour atteindre le grand feu.

 Tombée de la nuit. déjà près de 9 heures de cuisson, les pièces deviennent incandescentes et presque translucides. C'est toujours un enchantement de suivre cette apparition.

 Cette couleur rouge sombre indique que la température s'approche de 800 degrés. Nous sommes encore loin du compte et trois bonnes heures supplémentaires à la puissance maximale du four seront encore nécessaires pour atteindre la température de maturation des terres et des vernis.

 Aux dernières lueurs du crépuscule, la première cuisson est suivie avec la plus grande attention, elle sera bientôt terminée.

 Une heure plus tard, alors que la chaleur est devenue intenable dans l'aire de chauffe, nous mettons un terme à la cuisson mérovingienne.


 Et vers une heure du matin, la cuisson gallo-romaine est mise en réduction. La cheminée du four est obturée et le feu est toujours alimenté afin de priver la chambre de cuisson de l'apport de l'oxygène atmosphérique. Les gaz isus de la combustion incomplète se réenflamment au contact de l'air et se faufilent par toutes les fissures de la coupole et du système de fermeture. La température doit se situer entre 1000 et 1050 degrés. En fait je ne sais pas exactement, je ne l'ai jamais mesurée...

 La réduction est courte, 20 à 30 minutes, pas plus, pour obtenir des revêtements bruns-rouges. Le feu se meurt lentement...

 ...tandis que les flammes d'échappement s'éteignent les unes après les autres, montrant ainsi que la combustion se fait maintenant essentiellement dans le four.
 Puis ce sera la longue attente. deux jours seront comme toujours nécessaire au refroidissement du four est de sa charge.

Et le surlendemain...Défournement!


 Dés la première cruche extraite, on voit que la cuisson a été parfaite. Ici, une sigillée tardive d'Ile-de-France. Ces pièces sont d'abord peintes, puis entièrement recouvertes de vernis argileux. Les motifs apparaîtront par transparence. Ces cruches sont extrêmement délicates à cuire. Quelques degrés de trop, ou un peu trop de réduction, et le vernis argileux deviendrait opaque et cacherait les motifs sous-jacents.


 Puis un mortier à déversoir en tête de lion, le célèbre "Dragendorff 45" des archéologues.Il est parfaitement venu à la cuisson, et c'est un enchantement que d'extraire de telles pièces du four! Cette version, avec le bandeau orné de guillochis est typique des ateliers de potiers gallo-romains de Portout dans l'Ain et de Thonon, en Savoie.


Et encore une vue partielle du résultat de la fournée. Une seule pièce cassée, une ou deux quelque peu déformées. Sur plus de 100 pièces...
Que du bonheur!