mercredi 12 juin 2013

Céramiques gauloises du Pas de Calais, approche des techniques de fabrication

Comme je vous l'avais promis dans le récent article "Asnapio 2013, quatre jours en Gaule", voici le premier article sur les techniques de façonnage des céramiques gauloise du Pas de Calais.
Préambule: 
Ce projet est parti d'une rencontre avec David Bardel, céramologue INRAP pour le Pas de Calais, ceci lors de mon passage à Asnapio en 2012. A cette occasion, nous avions longuement examiné ces pièces de facture tout à fait curieuses et décidé, dès que l'occasion s'en présenterait, de tenter de restituer les techniques selon lesquelles elles avaient été montées et assemblées en partant d'une analyse des traces montrant les diverses opérations techniques qui pouvaient encore être visibles.
Ces récipients montraient à l'examen visuel toute une série d'indices qui nous faisaient pressentir une méthode de montage tout à fait déroutante, allant résolument à l'encontre de tout ce qu'un céramiste moderne peut envisager.
Premièrement, l'intérieur des récipients, que ce soient des formes ouvertes, bols ou coupes, mais aussi des pièces fermées comme des vases ou ds bouteilles, montre systématiquement des tracs de modelage et de polissage à main levée. Par contre l'extérieur paraît toujours tourné, mais aussi poli, voire lustré sur le tour.
Secondement, ces pièces ayant subi les injures du temps et surtout la pression de la terre dans laquelle elles ont été enfouies, montrent très souvent des lignes de rupture régulières, suggérant un assemblage en plusieurs éléments plutôt qu'une confection à partie d'une balle unique d'argile. Certains pieds annulaires semblent aussi avoir été rapportés après coup alors que la pièce avait été entièrement assemblée et modelée.
C'est donc sur la pertinence de ces méthodes de montage que nous avons travaillé, d'une part afin de juger de la faisabilité, mais aussi d'autre part aussi d'en comprendre l'intérêt du point de vie de l'organisation du travail et de la productivité d'un atelier appliquant ces méthodes de travail.
Il convient encore de préciser que si la provenance de ces céramiques est assurément issue de fabrications locales ou régionale, aucun atelier de production n'a à ce jour été découvert.
Les modèles archéologiques: 
Nous disposions pour ce travail d'un bon nombre de pièces complètes ou partiellement conservées issues de sépultures allant de la période de la Tène C1 (env. 250 à 80 av. J.-C.). Toutes avaient été préalablement remontées dans les laboratoires de l'INRAP.
Une des jattes LTC2 ou D1 que nous avons tenté de reproduire.
La même, vue de dessous. Son profil apparaît parfaitement tourné et lissé. On y remarque aussi de sérieux coups de flamme provoqués par la cuisson.
Détail de l'intérieur montrant les traces de raclage et de polissage à main levée. Et toujours la ligne principale de rupture au niveau de la carène.
La plupart des pièces examinées montraient comme l'exemple qui précède les mêmes traces de travail, tournage externe, et traces de modelage et polissage à main levée à l'interne. Les lignes de rupture, par contre, pouvaient varier d'une pièce à l'autre. Sur ce précédent exemple, une seule ligne paraît évidente, située juste au-dessous du diamètre maximal.
Lignes de rupture sur un bol LTC1-C2
Sur d'autres exemplaires, spécialement ceux dont la panse est plus haute, d'autres lignes peuvent apparaître. La pièce ici à gauche semble avoir été assemblée à partie de trois éléments. Deux lignes de rupture évidentes sont bien visibles, l'une au-dessus de la carène, et l'autre au-dessous de la lèvre, suggérant que cette dernière a été posée après l'assemblage du fond et de la panse. Un autre de ces bols, à peine visible en arrière-plan montre exactement la même ligne de cassure sous la lèvre. En fait c'est pratiquement sur l'ensemble de ce lot de céramiques qu'apparaissent ces types de cassures. Afin de donner une direction à notre travail, nous avons posé l'hypothèse que ces cassures pouvaient être révélatrices d'une faiblesse issue de la jonction de deux "coupons" d'argile.
En céramique moderne, l'assemblage des céramiques modelées se fait la plupart du temps selon la technique des colombins. Ce sont de petits boudins d'argiles que l'on empile et pétrit ou colle par lissage sur la partie préalablement montée. paradoxalement, cette méthode de faire n'est pratiquement jamais usitée dans les sociétés qui pratiquent toujours la céramique modelée, spécialement en Afrique, mais également en Inde. Si occasionnellement la technique des colombins est pratiquée, c'est presque toujours en association avec d'autres méthodes, martelage sur formes concaves ou convexes, moulages partiels ou montage de plaques. De plus, et surtout si il s'agit de gros récipients, les colombins peuvent devenir énormes, atteindre la grosseur de l'avant-bras, et ainsi un seul d'entre aux pourra représenter 10 à 15 cm. de hauteur de panse en plus.
Sur ces pièces gauloisess du Pas-de-Calais, on se heurte d'ailleurs à une difficulté technique particulière aux fonds arrondis des pièces ouvertes et évasées. Monter de tels fonds à partir de colombins représente une réelle difficulté si ce n'est pas une impossibilité. C'est une forme très instable, et rapidement lors du montage elle a tendance à s'écraser, s'effondrer sur elle-même. Certes, on peut toujours la reprendre par martelage, mais la perte de temps est importante et le procédé très peu pratique. D'ailleurs l'absence de lignes de rupture claires sur les fonds de ces jattes nous a fait d'emblée choisir une voie différente.
C'est ainsi par moulage que nous avons décidé de confectionner ces fonds. De petits paniers en osier, roseau ou paille peuvent être très pratiques pour réaliser cette opération qui ne prend qu'une ou deux minutes. Il suffit de plaquer une feuille d'argile à l'intérieur de ces derniers, et attendre qu'elle se raffermisse suffisamment pour l'extraire. Cette opération peut également être réalisée dans une forme en argile crue ou cuite, dans un récipient en bois ou encore dans une simple cupule aménagée dans le sol d'un atelier ou d'une maison. Il suffit de prendre ce que l'on a sous la main et qui est le plus pratique...

La panier reste toutefois une option intéressante, Si l'argile est très molle, on peut l'y laisser se raffermir quelques heures avant l'extraction. Ainsi si une certaine quantité de vanneries sont nécessaires, on pourra facilement les ranger quelque part un fois l'opèération terminée, ou alors recommencer immédiatement une série de pièces. Dès le démoulage, l'élément est encore mis en attente afin qu'il se raffermisse suffisamment pour être assemblé avec d'autres coupons. On ne se soucie pas des éventuelles traces laissées par la structure du panier, les manipulations ultérieures les effaceront totalement.



Entre-temps, on peut préparer une bandelette de terre qui formera la panse. Un long boudin d'argile aplati avec le tranchant de la main fera l'affaire.









Dès qu'il est suffisamment raffermi, le fond est martelé sur une forme creuse afin de lui donner sa forme définitive, mais aussi pour tasser l'argile qui a été parfois fortement étirée lors de sa mise en forme dans le panier. On peut aussi réaliser cette opération sur une table ou une planche, mais c'est un peu plus délicat. Le petit outil que l'on voit à gauche, une enclume ou une masselotte en terre cuite est d'origine népalaise. C'est typiquement le genre d'instrument utilisé par les potiers de ce pays lors de ce genre d'opérations de martelage.


On peut alors "coller" la bandelette qui formera la panse. Cette opération se fait ici à sec. mais certaines terres demandent tout de même à être préalablement humectées sur les surfaces à coller afin d'assurer un meilleure jonction.

















Toujours maintenue dans sa forme creuse, l'ébauche commence à être formée par pression des doigts afin d'approcher sa forme définitive. la pression exercée lors de cette mise en forme contribue à bien coller ensemble les coupons d'argile.









 En procédant par pincement et par passages successifs, on parvient rapidement à former les ébauches des cannelures de la panse et ainsi à approcher la forme définitive de la jatte. Un mouvement bien régulier et organisé facilite grandement cette tâche qui ne prend que quelques minutes. Nous avons choisi de poser la pièce sur une tournette qui facilite la régularité. Sachant qu'au final cette jatte devra être corrigée par tournage externe, cela ne nous a pas paru incongru de procéder ainsi.
Ensuite, on procède à une première rectification de l'intérieur du récipient. Ce travail se fait à main levée, au moyen d'une plaquette de bois, mais pas en rotation. En travaillant au soleil, la pièce sèche assez rapidement, et donc rétrécit et devient instable dans sa forme creuse. Nous avons essayé de procéder par tournage, et ça ne marche pas. La jatte se décentre immédiatement et l'opération devient impossible. Caler le récipient avec de petites pastilles de terre entraîne des déformations indésirables et ne convient pas non plus. Par contre, dès que le récipient est suffisamment ferme, on peut travailler directement sur les genoux.
La jatte étant maintenant devenue assez ferme, on la retourne et la pose sur un tour à main. Un petit disque de centrage en bois ou en terre cuite permet une pression assez forte et régulière sur son fond, ce qui empêchera l'ébauche de déraper ou de se décentrer sous l'effet de la pression de l'outil. C'est ce tournassage externe, qui donnera son aspect définitif à cette jatte. On a utilisé ici des plaquettes d'ardoise ou de bois. L'ardoise, plus mordante permet le dégrossissage.
Comme elle s'affûte très facilement, on peut l'apprêter en angles assez vifs qui permettront de laisser la réserve pour les cordons.
 Si les stries laissées par le travail à l'ardoise sont importantes, on peut repasser une fois un outil en bois. Contrairement à ce que l'on peut imaginer, certaines argiles se tournassent facilement au moyen d'outils réalisés dans des matières tendres. Cette méthode est plus douce. Les marques ou stries laissées sont moins importantes, mais dépendent toutefois grandement du type d'affûtage.
.Dès que l'extérieur est ainsi entièrement retaillé, le tout est poli au galet. En plein soleil, il faut faire vite, la pièce séchant très rapidement. Mais il n'est pas interdit de travailler à l'ombre...
Dernier polissage interne au galet, où l'on retrouve les traces laissée sur les pièces archéologiques.
La jatte à peu près terminée. Il ne subsiste qu'une légère ondulation sur la lèvre qu'il sera facile de corriger.
Le nombre d'opérations nécessaires au façonnage d'une telle jatte peut paraître élevé. Mais toutes sont assez, voire très rapidement réalisées. Au final, une technique qui paraissait peu pertinente se révèle être tout à fait intéressante et réaliste, et même expéditive, car il est bien possible qu'une telle méthode ne soit qu'à peine moins rapide que si la pièce était entièrement tournée!
Lors des journées de formation destinées aux étudiants de Lille 3, aux guides du parc Asnapio et a quelques amateurs issus du grand public, en reprenant ces méthodes, nous avons pu évaluer le degré de faisabilité de ce genre de techniques de façonnage, et tenter de comprendre comment pouvait s'organiser un atelier gaulois dans le cadre d'une telle production. Ce ne sont que quelques éléments, et de plus appréhendés du point de vue d'une organisation moderne d'un cycle de travail, mais qui permettent toutefois d'entrevoir comment peut s'organiser une telle chaîne de fabrication.
  • Le moulage des fonds, comme la confection des bandelettes ne nécessite pas de formation particulière.
  • Le martelage des fonds est également une opération facile, mais demande un certaine attention pour obtenir une forme régulière.
  • L'assemblage des différents éléments peut être réalisable après seulement quelques heures d'expérience.
  • L'ébauche des cannelures de la panse demande un peu d'expérience, mais une personne habile y parviendra progressivement au bout de quelques dizaines d'heures d'apprentissage.
  • La rectification et le polissage à main levés des surfaces interne est également assez facile, et sera accessible après quelques jours d'apprentissage.
  • Seules les dernières opérations de rectification de la panse sur le tour à main demandent une formation technique assez poussée, sans toutefois nécessiter l'acquisition complète du métier de tourneur.
L'apparition et le développement du "vrai" tournage chez les Gaulois semblent lié au degré d'urbanisation et à l'organisation sociétale qui en découle. Seuls les groupes sociaux relativement importants parviennent à créer une division du travail permettant une spécialisation importante de certains artisans. Or le tournage de la céramique est justement un de ces artisanats demandant une formation très poussée.
Les peuplements celtes, en ce qui concerne les périodes de la Tène moyenne ou récente pour la région Nord - Pas de Calais sont essentiellement ruraux, aucune bourgade importante ou ville n'y sont connus. Par ce type de production céramique, on a donc probablement un stade intermédiaire entre techniques domestiques de modelage et atelier spécialisé pratiquant le tournage. On peut imaginer un ou deux artisans maîtrisant quelque peu la technique du tour à main s'entourer d'un groupe d'auxiliaires, femmes, hommes ou même enfants, qui réaliseront toutes les opérations techniques accessibles après une formation sommaire. Un groupe de "potiers-paysans" ou "potiers éleveurs" fonctionnant selon ce schéma peut être tout à fait envisageable, qu'ils soient de condition libre ou rattachés d'une manière ou d'une autre à un groupe ou à une famille aristocratique.
Espérons que dans l'avenir un des ateliers produisant ce type de céramiques soit découvert et puisse faire l'objet d'une fouille extensive, il y aurait beaucoup à apprendre d'un telle investigation.
Et peut- être un article à réécrire...
Car c'est aussi ça, l'archéologie expérimentale. Tout peut être remis en question par une découverte et ce qui semble correct aujourd'hui ne le sera peut-être plus demain...

Je reviendrai encore une fois  prochainement sur ces expérimentations. Mais cette fois ce sera sur une pièce nettement plus "technique"...




mardi 28 mai 2013

Asnapio 2013, quatre jours en Gaule...

C'était à la fin du mois d'avril dernier. trois journées de cours et d'animation au parc archéologique Asnapio, à Villeneuve d'Ascq. Le programme était solide. Une journée d'expérimentations sur les céramiques gauloises régionales, une journée "masterclass" avec des étudiants en archéologie ainsi que des guides du Parc, une journée de cours "privés" réservée au public, puis la manifestation "Arrête ton char, Gaulois!" qui marquait le début de la saison au Parc.
La "domus", qui est aussi le portique d'entrée du Parc, dans ses couleurs de printemps...


Et c'était aussi l'occasion de prendre mes quartiers à la maison gauloise du Parc Asnapio. Très bel environnement pour toutes ces activités. J'ai presque regretté de ne pas avoir pris quelques couvertures ainsi que ma dinette pour y passer mes nuits aussi...
Le "quartier gaulois": Une maison d'habitation, une remise séparée et un grenier. Une architecture classique, bois et torchis, couverture de roseaux pour ces bâtiments.
L'intérieur de la maison. Cet environnement peut paraître plutôt spartiate, Mais on peut facilement en faire quelque chose de tout à fait douillet, et c'est surtout très facile à chauffer à la mauvaise saison. Et c'est surtout parfaitement sec malgré les murs de terre montés sur clayonnages.
  Les journées de cours, mais aussi les démonstrations destinées au grand public ont presque uniquement porté sur la fabrication des céramiques gauloises. Les pièces découvertes dans la région Nord-Pas-de-Calais montrent les traces de techniques assez étonnantes mêlant moulage, modelage et tournage, bien souvent ces trois manières de travailler étant appliquées sur le même récipient. la première journée était spécialement destinés à l'étude et la mise en application de cette chaîne opératoire. J'étais en compagnie de Davis Bardel, céramologue INRAP pour cette région, grand connaisseur des céramiques de l'age du fer, auteur d'une thèse remarquable traitant de l'analyse des corpus des céramiques des VIIème au Vème siècles avant notre ère ( La Tène A) dans le Centre Est de la France, ceci dans le cadre d'une recherche sur les sociétés, les économies et territorialités. Autrement dit le étudier aussi le rôle social de la céramique, et tenter de comprendre l'organisation des territoires au travers des aires de diffusion de productions bien spécifiées.
Bien que David ne soit pas un novice en ce qui concerne la pratique de la poterie, c'était une belle occasion par cette petite recherche de mettre à la pâte, et de mieux s'assurer que certaines traces repérées sur des pièces découvertes en fouille pouvaient correspondre à des étapes précises de leur fabrication.
Je reviendrai plus en détails sur quelques aspects et résultats obtenus lors de ces expérimentations dans une ou deux billets plus précis. qui devraient suivre ces prochains jours.
Concentration: David Bardel au travail sur la tournette gauloise.
Reprise au tour gaulois d'une céramique partiellement moulée et modelée. Une méthode totalement déconcertante pour un céramiste moderne, mais qui à l'expérimentation se révèle être diablement efficace.


Autre méthode de travail que je connaissais mieux pour la pratiquer occasionnellement, spectaculaire en démonstration, le montage des grandes pièces à la technique du colombin tourné.
Cette manière de faire, commune à de nombreuses sociétés anciennes , toujours pratiquée dans certains pays, consiste en empilements de gros boudins de terre, que l'on pétrit soigneusement pour bien les coller à la partie déjà existante. Ensuite, les parois sont amincies par tournage.
Si on veille à ne pas monter trop rapidement la pièce et que l'on respecte un temps de séchage suffisant pour raffermis la pièce afin qu'elle supporte son propres poids sans s'effondre, il n'y a pratiquement pas de limite à la taille des jarres montées de cette manière. On peut trouver des dolia, ces grandes jarres gallo-romaines destinées à stocker le vin, qui atteignent plus de 1000 litres de capacité...
mais là, je suis resté bien plus modeste. Terminée, cette dernière ne fera "que" 30 litres environ pour une hauteur de 50 cm.









Au début du montage, On aperçoit le dernier colombin posé et pétri. Il va être immédiatement encore un peu aminci et lissé par tournage.



























La journée de dimanche était dédiée au grand public, avec des démonstrations de chars de guerre gaulois par la troupe Les Leuki, et la compagnie "Les portes de l'Histoire", mais aussi par des démonstrations d'artisanats comme la fonte et la coulée de bronze, ou encore la fabrication de perles de verre.
Petites visite entre gaulois. le corps diplomatique des Leuki et des Portes de l'histoire en visite chez le potier...
Et que les céramologues ne soient pas déçus! Je reviendrai sur ces techniques régionales de fabrication, c'est promis!


dimanche 7 avril 2013

Plats EIR ou VRP???

ça, c'est vraiment un truc de céramologue...

Un plat en céramique EIR, cela veut dire "Engobe Rouge Interne"
Un plat en céramique VRP, c'est du "Vernis Rouge Pompéien"
Donc, c'est exactement la même chose. mais en Suisse on dit EIR, et en France VRP.
Quand on vous dit que les céramologues sont de gens compliqués, vous pouvez le croire...
En vrai, ça ressemble à cela:
A l'intérieur, un vernis rouge, mat quand la pièce est neuve, mais qui devient brillant à l'usage.
A l'extérieur, un terre cuite somme toute assez simple,mais très maigre et très sableuse. Ces modèle de la fin du premier siècle avant notre ère sont typiques. Assez épais pour bien répartir la chaleur, et une grosse lèvre en bourrelet.
Le vernis rouge à l'intérieur, c'est l'antiadhésif de l'antiquité. Un vernis épais, mais poreux, que l'on va préalablement bien imprégner d'huile.

Mais, au fait, ça sert à quoi, ces trucs?
par exemple:
A cuire le pain, par exemple.
Ces plats sont souvent fait d'une argile extraordinairement résistante au feu. Cuire du pain au four à bois n'entraîne pas de contraintes exceptionnellement fortes, mais faire des crêpes ou faire frire ds boulettes de viande sur le charbon de bois pousse ces terres à leur limite.
Le vernis rouge, c'est l'antiadhésif de l'antiquité. Un vernis épais, mais poreux, que l'on va préalablement bien imprégner d'huile.  Il permettra de cuire plein de choses sans que cela attache. Cela fonctionne très bien et c'est tout à fait surprenant. Même la première crêpe est souvent réussie...
Mais pour ce jour, comme tous les dimanches je me suis arrêté à mon pain hebdomadaire.Vous connaissez le pain d'épeautre?

500 gr. de farine d'épeautre (bise ou assez grosière)
un demi-cube ou 20 gr. de levure fraîche ( de bière par exemple)
2,5 dl. d'eau
0,5 dl. de lait
Une tombée d'huile d'olive
un peu de sel

Bien pétrir, puis laisser lever 2 heures dans un endroit tempéré.
Mettre au four préchauffé avec une petite coupelle d'eau afin que la croûte ne soit pas trop dure. 220 degrés environ et 35 à 45 minutes. (je ne suis pas sûr des temps, car je cuis au four à bois dans thermomètre, alors j'y vais au jugé.Quand la croûte devient dorée et que le pain résonne comme un tambour lorsqu'on le frappe du doigt, c'est tout bon!)

Ces plats eurent un immense succès dès l'apparition de la cuisine méditerranéenne en Europe continentale. Dans certaine régions, ils précédèrent même l'arrivée des Romains. Ils servaient bien sûr de plats à cuire, mais rapidement de nombreuses variantes ou imitations furent utilisées comme plats de service.

J'ai d'ailleurs en ce moment un très beau travail d'archéologie expérimentale en cours. Je vous en parlerai peut-être un jour, mais il faut d'abord que j'obtienne l'autorisation des équipes qui ont fouillé le site et étudié le matériel.
Une énorme production, quelque part dans le Nord de la France. Certains de ces plats furent exportés jusque chez les Helvètes, on en a retrouvé quelques tessons à Avenches.
Mais...Chut! C'est un secret! Je ne vous ai rien dit...


Lampes à huile

Voilà quelques jours, je vous relatais une cuisson en cours par une seule image, et j'évoquais les lampes à huile.

Elles sont sorties du nid et la couvée n'a pas déçu!
Elles étaient au moins 150 dans cette fournée...
Tout l'art est de légèrement les surcuire afin qu'elles prennent une belle robe légèrement métallescente...
Plein de modèles différents que vous retrouverez à ma table tout au long de cette année.
C'était la première partie. Encore une bonne centaine à cuire à la prochaine fournée. Une  partie de celles- ci sont destinées à la boutique du Musée romain d'Avenches et au Muséoparc Alésia.







Lampe au cavalier gaulois, regravée d'après un original du Magdalensberg (Autriche), ancienne capitale du royaume celtique de Norique, occupée pacifiquement par les Romains dès 15 avant notre ère.








Ici, une reprise d'une lampe de Cologne, plus tardive. les jeux du cirque sont souvent représentés en décoration sur les lampes, avec notamment les scènes de gladiature.




Ces lampes étaient d'abord réalisées en Italie, mais au cours du premier siècle de notre ère, les ateliers africains de Tunisie devinrent prépondérants dans ce genre de fabrication, en raison d'une main d'oeuvre très bon marché. les lampes étaient ensuite utilisées en vrac pour caler les amphores dans les bateaux. Même si il y avait une casse importante lors du transport, l'affaire était rentable, et les ateliers italiens ne résistèrent pas à cette concurrence. Nous ne somme pas loin de l'invention du dumping.....

mardi 2 avril 2013

Canari à kédjélou, suite et fin

Voilà, le canari est cuit! et prêt à l'usage!


Cuisson réductrice, pas trop chaud, environ 850 degrés, puis enfumage. Pour le décor, j'ai respecté les motifs traditionnels, ce qui donne à cette pièce son charme exotique. mais c'est à l'usage que cette pièce prendra sa teinte définitive. elle deviendra plus brillante sous l'effet des graisses alimentaires et des suies et goudrons quo se déposeront sur sa panse.

Et puis, peut-être vous souvenez-vous, en arrière-plan sur la photo illustrant le premier article sur ces canaris, la bouteille gallo-romaine en cours de finition...
La voici, elle faisait partie de la même fournée...
A peu près 50 centimètre de haut...
Aujourd'hui, c'est pas de la tarte à tourner.
Pour des potiers gallo-romains, une performance!
Les originaux se trouvent au Musée Carnavalet à Paris