jeudi 6 septembre 2012

Nasium. Les éléphants d'Hannibal

Certains se seront déjà posé la question lors de l'article précédent. Mais où se trouve Nasium?. Qu'est-ce que Nasium. C'est quoi ce bidule?
Bien sûr, il y a Wikipédia, plus quelques autres sites intéressant sur le sujet...
Mais voici quelques éléments de réponses.
Nasium, dans l'antiquité, c'est la capitale de la Cité des Leuques. Kesacko?
les Leuques sont un peuple, une tribu gauloise. Etymologiquement cela veut plus oui moins dire " Les Fulgurants". Géographiquement, ils se situent en actuelle Lorraine, dans le département de la Marne, limités à l'Est par la chaîne des Vosges, et à l'Ouest par la Vallée de la Meuse. C'était autrefois un peuple gaulois puissant, et César est le premier à en parler dans ses "Commentaires" à propos de livraisons de blé en échange de sa protection contre Arioviste et ses troupes, et Lucain dans les Pharsales les qualifie d'"habiles à manier le javelot et le dard"
La première capitale des Leuques semble être l'oppidum de Boviolles au-dessus du hameau du même nom. Après la conquête romaine, cette capitale sera déplacée dans la vallée, ce qui lui permettra un développement plus important par l'accès facilité à l'eau et aux voies de communication.fluviales et terrestres. Ce sera la ville de Nasium, qui se trouve actuellement en partie sous le village de Naix-aux.Forges, et se prolonge du côté de Saint-Amand-sur-Ornain, sans toutefois atteindre cette localité. Précisons encore que l'administration romaine conserva les limites territoriales des tribus gauloises pour l'établissement des Cités, qui sont des entités territoriales, subdivisions des provinces, et non des villes en elles-mêmes. La Cité peut se comprendre comme un ensemble de citoyens répartis sur un territoire délimité, la capitale de cité ayant une dénomination différente en tant que ville. Elle pourra être "colonie" ou plus simplement "Caput Civitas" par exemple. Toul (Tullum ou Tullium Leucorum) fut aussi une importante ville de la Cité des Leuques.

L'assiciation " Nasium. la Cité des Leuques" s'efforce depuis plusieurs années à faire connaître et à vulgariser l'histoire de cette ville oubliée que fut Nasium. Car oubliée elle le fut bel et bien. et ce n'est que lors de découvertes fortuites par les exploitants agricoles ou lors de la construction de maisons que l'on commença au XIXème siècle à s'intéresser au lieu. Depuis, plusieurs fouilles dont certaines sont en cours, ont pu dégager un important sanctuaire et des quartiers d'habitations, mais on est encore loin de connaître tous les détails de l'extension de la ville et son organisation. Les vestiges visibles sont pratiquement inexistants, et c'est donc par le biais de l'histoire vivante, la reconstitution historique et l'archéologie expérimentale que l'association fait revivre les belles heures de Nasium, par des animations scolaires, mais aussi par des visites guidées de l'oppidum de Boviolles et des quelques traces subsistant du sanctuaire. Mais aussi par de grandes fêtes romaines ou gauloises ou le grand public peut admirer civils au travail et militaires à la manoeuvre, reconstitutions de combats ou d'édifications de fortification. Et cette fête c'étaient les 30 juin et 1er juillet derniers, à St.-Amand-sur-Ornain.
Cette année, le thème était: "La fureur des éléphants d'Hannibal", avec la toute nouvelle troupe de reconstuitution "Carthago" qui se produisait avec son éléphant!
La troupe Carthago au grand complet. Photo C Yann Kevran / Carthago
Mais il y avait aussi la Legion XXII Primigenia, l'excellente formation militaire de l'association " la Cité des Leuques"
Prêts au combat pour une reconstitution d'un assaut contre les Gaulois! épées de bois et lances "bluntées" sont de mise pour ce genre de reconstitution! 
 Dés 10 heures le samedi matin, les démonstrations vont se succéder à grand ryttme pour le public venu en nombre pour l'événement. Pendant ce temps, comme je le décris en détail dans l'article précédent, nous démarrons une grosse fournée de poteries dans l'installation toute fraîchement construite.
Laurent, le tailleur de pierre et deux légionnaires inspectant le four. (Photo Jacques Maréchal / www.pixures.be)
Si de nombreux artisans et civils animent cette fête, le clou du spectacle est évidemment la reconstitution de combats et l'entraînement de l'éléphant de guerre.
Défilé de la Legio XXII primigenia Pia Fidelis (Photo C Pierre Legeay)
Choc contre des guerriers gaulois, Ca cogne dur! (Photo C Pierre Legeay) 
Les romains ont affaire à forte partie, les carthaginois ont engagé de nombreux auxiliaires gaulois en renfort.
Pascal Minne en général carthaginois...
Et Jérémy Dardenne, son fidèle centurion, le "sirdar"
Et le dimanche, en attendant le défournement, quelques belles démonstrations de tournage au tour à bâton pour le plaisir du public! Quelques beaux clichés de Jacques Maréchal, photographe officiel de la manifestation. Sur son site (www.pixures.be) vous retrouverez des dizaines de photos de l'évènement!
A lancer la roue! (Photo Jacques Maréchal / www.pixures.be) 
Les mains dans la terre... (Photo Jacques Maréchal / www.pixures.be)
La satisfaction d'avoir tourné une belle pièce! (Photo Jacques Maréchal / www.pixures.be)  
Défournement en public.
La fête se termine sur le défournement. L'installation reste en place, elle constitue en quelque sorte la première pierre de ce qui deviendra un "vicus" (village) gallo-romain et un camp militaire. Les charpentes des premières maisons sont livrée, la construction de ce qui deviendra la Nasium reconstituée commencera sous peu!

Pour visiter le site de l'association "Nasium, La cité des Leuques": http://nasium.net/
Pour voir toutes les photos des membres de l'association:  http://nasium.net/spip.php?rubrique27
Pour visiter le site de Jacques Maréchal: http://www.pixures.be/fr/indexfr.htm
Pour visiter le site de l'association Carthago: http://www.carthago-reconstitution.com/

mercredi 5 septembre 2012

Une cuisson réductrice à Nasium

C'étaient les 30 juin et 1er juillet derniers à Nasium, lors de la fête romaine "Les éléphants d'Hannibal", organisée par l'association "Nasium, la cité des Leuques". Pas seulement pour l'occasion, mais aussi en vue de la construction des futurs village et camp militaire de l'association, nous avions construit un four de potier gallo-romain, et lors de cette fête il fut dûment inauguré.

L'aventure débute au début du mois de juin, à la maison de l'association, à St.-Amand-sur-Ornain, dans la Meuse, commune située à l'orée de la ville antique de Nasium, capitale de la Cité des Leuques. C'est bien joli, de construire un four et de le mettre en service lors de la fête, mais encore faut-il avoir quelque chose à y mettre en cuisson! Un gros travail de recherche a été effectué en amont pour retrouver des types de céramiques correspondant à la fin du Ier siècle dans la région, et le 6 juin au matin, le tournage commence. Il s'agit là d'une reconstitution intégrale, les céramiques seront toutes tournées, retouchées et si nécessaire polies sur le tour à bâton. Ce type de travail est probablement plus difficile que sur un tour moderne, et même sur un tour à pied, mais peut engendrer de petits défauts de fabrication ou de finition qui permettent mieux de comprendre la manière dont ont été fabriqués les récipients à l'époque que nous tentons de reconstituer.
Retouche d'un col au galet afin de gommer les irrégularités et bavures issues du tournage. ( Photo Pierre Légeay)
Polissage au galet avant le décor ( Photo Pierre Légeay)

Après ébauche et temps de séchage obligatoire d'une journée, les pièces sont polies au galet ou simplement lissées au doigt ou à l'éponge. Certaines d'entre-elles porteront un décor réalisé à la roulette.
Décor à la roulette sur un tonnelet alsacien ( Photo Pierre Légeay)
Cette technique semble toute simple, mais demande un bon doigté et une concentration parfaite. Il faut doser la pression et bien conduire l'outil afin d'éviter enfoncements, chevauchements de lignes et erreurs de raccords, tout en surveillant la vitesse de rotation du tour. Vous vous souvenez lorsque la première fois vous êtes montés sur un vélo? Eh bien c'est à peu près le même problème que lorsque vous avez essayé de rouler bien droit...
Les pièces sont ensuite mises à sécher pour 2 semaines. une bonne quarantaine au total, qui formeront la base de la vaisselle de l'association et du futur village.

Et le 30 juin, dans le four tout nouvellement construit , le chargement débute dans la matinée, lors de l'arrivée des premiers spectateurs et des premières animations. le prochain article sera plus particulièrement consacré à la fête romaine.
Avec mille précautions, les pièces sont amenées du local vers le four et y seront chargées, puis recouvertes de tessons qui assureront la retenue de chaleur nécessaire. le couvercle de la casserole, en quelque sorte.
Le four sous son abri construit pour l'occasion. C'est un four-puits à tirage vertical muni d'une sole perforée, comme l'immense majorité des fours d'époque gallo-romaine.
La cuisson doit durer de 8 à 10 heures. Cette durée est incertaine, le four étant tout neuf. Nous l'avons séché et partiellement cuit le soir précédent, mais le fonctionnement d'une installation neuve étant toujours un peu incertain, la durée de l'opération peut considérablement varier. Il a été prévu de terminer de nuit afin de bien assurer la température de cuisson par l'observation des couleurs d'incandescence.
Les surprises sont parfois bonnes. En milieu d'après-midi déjà, on distingue le rougeoiement entre les tessons, preuve que la température monte très rapidement.
Et dès 19 heures, les gaz de combustion se réenflamment dès leur sortie. Les céramiques seront bientôt cuites à point. Bien avant la nuit, d'ailleurs. Ce four révèle un exceptionnel tirage et une grande puissance.
Dernier rayon de soleil sur les tessons de couverture. la coulewur d'incandescence paraît parfaite, il est temps de mettre un terme à la cuisson.
Un peu avant vingt heures, un bonne couche de cendres est déposée sur les tessons, puis le tout est colmaté au torchis. Le foyer est obturé et parfaitement étanché afin d'éviter toute intrusion d'air atmosphérique. Puis on laisse macérer jusqu'au lendemain après-midi. Le monoxyde de carbone, puis les fumées asureront, si tout se passe bien, la réduction puis l'enfumage des céramiques. Une fois le four scellé, nous n'avons plus aucune prise sur le processus...
Le lendemain, on perce d'abord des évents sans la croûte de torchis pour laisser passer un peu d'air et accélérer le refroidissement. Puis vers 17 heures, c'est l'ouverture.

Sitôt la couverture ôtée, on s'aperçoit que la cuisson est réussie. les pièces ont parfaitement pris la réduction et l'enfumage est correct. Tout paraît uniformément gris par le saupoudrage de cendres, mais une fos lavées les pièces arboreront des coloris très divers, plusieurs argiles ayant té utilisées pour réaliser ce lot.
La première couche d'assiette prélevée, on trouve de grandes jattes restés grises par leur argile particulière, tandis que d'autres pièces sont d'un noir bleuté.

Deux pots à cuire. Au premier plan, une pièce en argile grossière à gros dégraissant. Cette argile a la particularité de très mal prendre la réduction, et souvent ses coloris varient du brun-roux au noir, avec un coeur de tesson toujours brun-rouge.. Au second plan une pièce constituée d'uen terre très différente, qui prend beaucoup plus facilement la réduction. à la cassure son tesson est gris à coeur.
Assiettes alsaciennes en "Terra nigra". Ce terme latin, "terre noire" en français, illustre parfaitement le produit. Une argiel polie, noircie en surface par enfumage. Ces céramiques sont extrêmement courantes dans tout l'Est de la France. le coeur de tesson peut être gris plus ou moins clair, parfois blanc, mais aussi brunâtre selon les argiles utilisés. Pour réaliser ce type de produit, on sélectionne toujours des argiles prenant bien l'enfumage. Un bon polissage accentue encore la profondeur et l'intensité des noirs.
Réaliser un enfumage uniforme est une opération difficile, et les variations de teintes sont fréquentes. la cloche à pain ici illustré en est un bel exemple. Les flux de gaz irréguliers à l'endroit où elle était située ont laissé une forte empreinte sur cette pièce. es endroits sont presque blancs alors que d'autres portent de forts reflets métalliques


Le lot de pièces défournées en présence de Marion Legagneux, tout fraîchement diplômée archéologue, et future spécialiste en céramologie, ainsi que d'Olga, doctorante russe en archéologie aussi. Presque pas de casse, seulement trois pièces ébréchées par la chute de cales ou par des chocs lors de la cuisson.

Tout prochainement, un reportage sur cette fête romaine et un aperçu sur la construction du four!




mardi 19 juin 2012

Petites fééries nocturnes à St.-Romain-en-Gal

C'étaient les 2 et 3 juin derniers. Journées romaines de St.-Romain-en-Gal. Et comme chaque année, gros déballage de techniques céramiques, en plus des traditionnelles reconstitutions de la vie civile ou militaire gallo-romaine.
Au milieu ds ruines antiques, ce sont donc 3 à 400 reconstituteurs qui ont animé ce qui est au fil des ans devenu une des plus grandes manifestations de reconstitution historique et d’archéologie expérimentale de France.
Et à nouveau, sous la direction d'Armand Desbat,directeur de recherches au CNRS et organisé par Srtéphane Kielbasa, un des responsables des animations du Musée de St.-Romain-en-Gal, c'était tout le processus de fabrication des céramiques antiques qui était montré au public. Tournage, finition, décor, mais aussi 3 fours en action simultanée!
Vue de deux des 4 fours de St.-Romain-en_Gal. Ce sont des fours puits à couverture de tessons.

Invitée surprise, la pluie... Si le samedi fut beau et très chaud, un gros orage en début de soirée nous a provoqué quelques sueurs froides. Mais le pire s'est malheureusement produit le dimanche, une pluie diluvienne et continuelle a obligé les organisateurs à mettre un terme à la manifestation à 14 heures.

Belle réussite tout de même pour tout le monde, le public a été nombreux le samedi, et les cuissons ont été réussies. Et la soirée a été très belle, quelques images pour illustrer cette petite féérie nocturne:
Nuit tombante. Deux fours sont encore en action. à l'arrière, l'installation dans laquelle cuisent les céramiques à revêtement argileux. Il faut monter à plus de 1000 degrés, et la cuisson va se prolonger jusque vers 23 heures. A l'avant, le four à sigillées. C'est un four à rayonnement, le feu étant conduite dans des tubulues de terre cuite de manière à ce qu'il ne soit jamais en contact avec les céramiques.
Faire monter les températures de ces fours à plus de 1000 degrés n'est pas une sinécure. Palabres interminables assurés quant à savoir quelle est la meilleure méthode à appliquer pour gagner quelques degrés.
Echappement des tubulures du four à sigillée. la température atteint son maximum, on approche les 1080 degrés. Les flammes d'échappement virent au bleu...
Finalement c'est après minuit que le four à sigillée sera arrêté, après environ 11 heures de chauffe. Et le longue attente commence. Ce four ayant été complétement remanié, on ne connaît pas son comportement et ce sera la surprise à l'ouverture. Son tirage est vraiment excellent, mais qu'en sera-t-il de la charge?

Le lendemain donc, pluie battante et ouverture des fours. les moins délicats sont ouvert au plus tôt, avant la déluge, au risque de provoquer un peu de casse par chocs thermiques...
La fournée de céramiques à revêtement argileux est bien venue. Brun-rouges et légèrement flammées, ces pièces sont typiques des productions des IIème et IIIème siècles.
A l'ouverture, le four à sigillées montre des pièces légèrement sous-cuites, ce qui est normal pour celles situées tout en haut de la fournée. La température est souvent fortement dégressive dans ce genre d'installation, et il est fréquent de trouver tout en haut des récipients légèrement sous-cuits, alors que tout au fond de l'installation, quelques uns se trouvent fréquemment surcuits.
Ici, en l'occurence, une fissure qui s'est malencontreusement ouverte dans le fond de la chambre de cuisson a provoqué une assez forte surcuisson, mais aussi pénétration de gaz de combustion.
La fournée de sigillées. Les pièces du haut, (à gauche sur le photo) sont parfaites ou presque. Celles du tiers inférieur (à droite) sont bien cuites mais ont subi un peu de réduction et sont brunies à cause de des gaz de combustion entrés par la fissure. Les pièces moulées (en bas sur la photo) sont surcuites et ont subi aussi un peu de réduction. Elles se sont déformées et sont devenues très métallescentes.

Et donc, ce sont des pièces assez fortement déformées et surtout brunies et très métallescentes qui seront extraites des couches les plus profondes. Ce n'est pas un drame, c'est surtout très instructif. C'est paradoxal, mais une fournée parfaite ne nous apprend jamais grand chose. Un grand désastre non plus, d'ailleurs. Mais ce type de résultat, où l'on trouve des pièces parfaites comme des ratées, où l'on tient au moins une cause certaine du problème est très riche d'enseignements.

Vous avez raté cette édition des journées romaines de St.-Romain-en Gal? Rassurez-vous, on remet ça l'année prochaine, toujours à la même date, le premier week-end de juin. Les fours seront réparés ,on refera plein de nouvelles céramiques et on vous présentera de nouvelles fournées. Encore plus belles, bien entendu!

lundi 11 juin 2012

UN FOUR POUR ASNAPIO

Asnapio, c'est un parc archéologique situé à Villeneuve d'Ascq, dans la banlieue sur de Lille. Lieu enchanteur à deux pas de la ville, immense site parsemé de constructions de toutes les époques.

C'est par le portique d'une domus gallo-romaine qu'on y pénètre, et sitôt passées les portes de verre, on se retrouve en pleine nature. les saules, nombreux témoignent de l'eau toute proche, vestige des anciens marais asséchée en cette zone. Tout proches, le parc et les étangs du héron, une des promenades préférées des Lillois en sont les derniers vestiges.
Depuis 20 ans maintenant, le parc Asnapio (nom mérovingien du village d'Annapes) a été doté de maisons et d'installations préhistoriques, maisons néolithiques et de l'âge du Bronze, gauloises ainsi que du haut moyen-âge.
Campement magdalénien et grande maison néolithique
La beauté de la terre et du bois. Entrée d'une maison de clayonnages et de torchis.
Depuis une année maintenant, le par Asnapio, à l'initiative de sa directrice, Marie Ginet, avait un projet de construction d'un four de potier gallo-romain. Le Groupe G.A.U.L, Groupe Archéologique de l'Université de Lille s'était associé au projet, et l'installation devait être inaugurée lors des journées de l'archéologie expérimentale les 19 et 20 mai derniers. 

Mais une telle aventure demande un gros travail en amont. Il a fallu d'abord construire un préau couvert, ce qui était l'affaire d'Asnapio. Il a fallu préparer certains éléments du four et les précuire, notamment la sole et le foyer, afin de simplifier les opérations de construction sur le site. Et aussi de préparer une charge de poteries pour la première cuisson, ce qui a été fait en avril déjà, temps de séchage oblige.
Quelques unes des pièces en cours de séchage
Le choix d'Asnapio était de réaliser un lot de répliques d'époque néolithique pour rééquiper les maisons de cette époque, et aussi de fabriquer une série de pièces gauloises régionales en vue d'animations futures. Virginia Nobre, archéologue des services du patrimoine de Villeneuve d'Ascq s'était chargée de la sélection des pièces préhistoriques, et David Bardel, céramologue de l'INRAP Nord-Pas-de-Calais a recherché les pièces gauloises régionales qui correspondaient le mieux au besoins du Parc.

Et le 17 mai au matin, le chantier démarre. Après l'excavation nécessaire à un enfouissement partiel de l'installation. les premières structures sont montées, soient le foyer et la sole montée sur ses piliers. 
Ensuite le mur d'enceinte de la chambre de chauffe et monté brique par brique, le tout soigneusement jointoyé au torchis.
Ce travail prend une bonne journée et demie. Sitôt l'assemblage terminé, le four est mis en chauffe afin de le sécher le plus possible. Pendant ce temps, le remblai est terminé et les murs de soutènement montés.

Le four en cours de chauffe. Il en reste plus qu'à terminer les remblais et le muret d'appui.
 Et le samedi matin, tout est prêt pour démarres la cuisson. Le groupe GAUL animait plusieurs chantiers et stands, notamment un four à sel, un atelier de moulage de tuiles, et une présentation d'une nécropole, et les animateurs du parc animaient un chantier de fouilles, ainsi qu'une initiation au mode de construction par clayonnage et enduit de torchis. 

Dès l'ouverture de la journée, réservée aux professeurs et étudiants de l'Université Lille 3. le four est chargé et mis en chauffe.
Fin du chargement du four. Les premières assiettes de protection sont posées, et une couche de tuileaux et de tessons formera le bouclier thermique assurant la bonne rétention de la chaleur.
la cuisson durera une dizaine d'heures,jusqu'à atteindre une température de 900 degrés environ.
Au maximum de sa puissance, le four dégage souvent une fumée noire.
La cuisson se termine vers 19 heures. L'objectif étant de réaliser un lot de céramiques noires, il faut soigneusement sceller le four. Ce n'est pas si simple et une bonne quantité de cendres et de torchis sont nécessaires pour mener à bien l'opération. 
A colmater le four au torchis...
Opération passablement poussiéreuse et enfumée, mais l'avantage des cendres est une excellente isolation thermique, ce qui notamment évite les brûlures aux mains. 900 degrés, ce n'est pas rien, et pourtant les cendres sont à peine tièdes en surface...
Et on laisse reposer le tout jusqu'au lendemain après-midi. 
 la procédure de défournement démarre à 13 heures par la vidange des charbons restant dans le foyer. Une brouette entière, encore incandescents en seront extraits et servirons à redémarrer le four à sel. Rien ne se perd!. Puis à 15 heures, on peut décoller la couche de torchis, puis enlever cendres et tessons de couverture. C'est encore très chaud et surtout très poussiéreux, mais quel bonheur d'extraire toutes ces céramiques!
Malgré leur aspect grisâtre dû à l'éparpillement des cendres elles sont presque toutes parfaitement noires. Et, fait plutôt rare, aucune ne s'est brisée à la cuisson. 
Les pièces extraites du four, encore couvertes de cendres...

Deux pièces néolithiques et une jatte gauloise...
Belle réussite donc. Et ce n'était pas donné. Une telle cuisson dans un four neuf dont on ne connaît pas les traits de caractère propres à chacune de ces installations, et aussi le chêne et le saule des marais du Nord, combustibles qui n'ont rien de semblable aux épicéas helvètes rendent une telle cuisson assez hasardeuse.
Dix heures de cuisson, c'est très court pour qu'un four puisse apprivoiser ses potiers...

Tous mes remerciements vont à l'équipe des guides d'Asnapio, notamment Mathieu, qui n'ont pas ménagé leurs efforts pour m'aider dans ce travail.Un grand Merci aussi à Maxence Flament, étudiant en Master en archéologie à Lille 3, membre du groupe G.A.U.L. et futur céramologue, qui m'a assisté durant 3 jours et n'a pas hésité à mettre les mains dans le torchis et la tête dans les fumées du four!
Et enfin, je ne saurais oublier l'équipe administrative d'Asnapio, Marie Ginet, Anaïs Roma, Sandrine Tessier et aussi Virginia Nobre des services culturels de Villeneuve d'Ascq que je remercie toutes pour la parfaite préparation de l'opération et surtout pour la chaleur de leur accueil.

Je reviendrai à Asnapio, c'est certain!

Lien vers le site Web Asnapio: 

jeudi 3 mai 2012

Les Grands jeux Romains de Nîmes, côté coulisses

C'étaient les 28 et 29 avril derniers, c'étaient les Grands jeux Romaine de Nîmes. Grandiose manifestation historique dont le thème cette année était : "la Guerre de Troie" décliné sur le mode des grands spectacles donnés lors des grandes fêtes romaines. L'usage était alors de retracer un grand évènement historique ou mythologique en représentant ses grandes étapes par des défilés, des combats et des batailles, des pantomimes, des chants et de la musique. Défi relevé avec brio par l'agence Culturespaces, chargée de l'animation des sites historiques de la Ville de Nîmes.
Avec plus de 400 figurants, le spectacle a enchanté le public venu nombreux pour y assister. Nous n'allons pas ici illustrer le spectacle lui-même, d'autres, et ils sont nombreux s'en sont chargés. les photos et les vidéos se trouvent déjà en grand nombre sur la toile. C'est à l'arrière des arènes dans la rue des artisans, et dans les coulisses, dans la pénombre des arcades où se préparaient les figurants que nous irons nous balader.

Lieu tout à fait hors du temps où tout un petit monde se costume avant de se rassembler pour entrer dans les arènes par un long couloir voûté qui répercute les clameurs de cet extraordinaire public nîmois.
Cavaliers gaulois de la troupe des Ambiani attendant leur entrée en lice...
Cliquetis d'armes, claquement de sabots, centurions beuglant des ordres de rassemblement cent fois répétés par l'écho des voûtes, relents de sueur et de crottin, ces arcades et les sombres couloirs voûtés qui mènent à l'arène sont des lieux étranges et fascinants qui ont catapulté tout ce petit monde dans le tourbillon de l'histoire.
Cavalier romain contrôlant une dernière fois son harnachement. Pour les parades, il était de coutume que ces hommes évoluent masqués de bronze ou d'argent.
Les différents tableaux du spectacle se succèdent rapidement. Simulacres de batailles, démonstrations de cavalerie, combats de gladiateurs, exhibition de prisonniers et de butin de guerre...
Farouche prisonnier picte ( Gildas de la troupe des Ambiani) conduit par un légionnaire. Dernier voyage?
Les grands moments de ce spectacle sont toujours précédés d'une musique aux instruments à vent. c'est un rituel important qui scande ces étapes des jeux.
Pascal Minne, le sonneur de cornu (Gallia Musica, ensemble Aeneatores) très zen comme toujours, attend son prochain tour...
Mais le spectacle se passe aussi à l'extérieur, à l'arrière des Arènes où se tient le marché des artisans et où les troupes se préparent aux défilés...








Les porte-enseignes de légions attendant le défilé... Belles "trognae" burinées par le soleil et la poussière de toutes les routes de l'Empire...
Le marché des artisans. On y travaille le verre et le métal, le cuir, le pierre et la terre...
Un artisan gaulois au travail...
Très belles photos de Véronique Cornuault
A lancer le tour au bâton...
Centrage de la balle d'argile...
En toute discrétion, elle est passée. Elle n'est pas professionnelle, elle est photographe par passion. Elle a su saisir l'instant magique. Une image exceptionnelle. 17 ans de pratique du tournage résumés dans cette image...

Pour voir le set complet de photos, lien vers la page "Artisans" de Véronique:
 https://www.facebook.com/media/set/?set=a.250400771658990.68923.207701842595550&type=3

Lien vers la page de Véronique Cornuault sur Facebook:
https://www.facebook.com/pages/Photos-vero-Ninou-chkaya/207701842595550

Un très grand merci à Véronique!

Et un grand merci aussi à cet exceptionnel public nîmois! Nous reviendrons l'année prochaine, c'est certain!

Autres liens:
Les Ambiani, troupe gauloise d'archéologie vIvante: http://www.les-ambiani.com/site.php
Gallia Musica, évocation de la musique antique: http://www.galliamusica.com/
Culturespaces, organisateur des Grands Jeux et gérant du site:  http://www.culturespaces.com/fr/home