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vendredi 27 novembre 2015

Les vases à visage

Le petit cabinet ds curiosités céramiques.
Premier volet: Les vases à visage, première partie.
On les trouve essentiellement dans les provinces germaniques, Germanies supérieure et inférieure, Rhétie et Norique, plus rarement ailleurs. Leur origine est parfois cultuelle, et on les découvre dans de petits sanctuaires domestiques sans que l'on sache exactement quel était le cérémoniel qui pouvait nécessiter ce genre d'accessoires. On les retrouve également dans les habitats, et ils peuvent avoir aussi simplement été des vases à boire, peut-être utilisés lors d'occasions particulières.
 Ci-dessous un premier assortiment provenant de Lorraine (Metz) et de Rhénanie du Nord-Westphalie (Cologne, Krefeld et Mayence). Proviennent peut-être du même groupe d'ateliers. Celui de Metz est attribué à Haute-Yutz.
Tous appartiennent apparemment au Ier siècle de notre ère.
Metz, Musée de la Cour d'Or. ( Photo personnelle)
Dis? Pourquoi tu tires la langue?
Rhenisches Museum Köln. Photo du Musée
Museum Burg Linn, Krefeld ( Rhénanie du nord-Westpahalie)
Photo de Musée:
Haute Yutz, Musée de la Cour d'Or, Metz (photo du Musée)
Les vases à visages barbus.
Proviennent également des provinces germaniques mais parfois aussi de Grande Bretagne. Certains de ces vases sont en plus surmontés de 3 ou 4 petits godets dont la fonction nous échappe totalement. La datation de ces derniers peut être plus tardive que les formes simples. On retrouve notamment ces godets additionnels sur certains vases à serpents qui seront illustrés plus tard.


 Musées du Pfalz, Allemagne. Etablissement indéterminé. Cette association regroupe une quarantaine de musées situés dans un quadrilatère allant de Bonn à Mayence, puis de Mannheim à Trèves. Source: Wikipedia D / Wikimedia Commons
















Musée St.-Polten, Unterradlberg (D)

Source: Wikipedia D / Wikimedia Commons














Gäubodenmuseum Straubing (D). 
Godets additionnels ou goulots?
On pourrait décrire ce vase comme étant à visage barbu et oreilles!
Source: Wikipedia D / Wikimedia Commons















Bel exemple à godets additionnels. 
Museum Carnuntinum, Bad-Deutsch_Altenburg, Niederösterreich. 
Source: Wikipedia D / Wikimedia Commons














Vases à visage(s) du Norique:
Ancien royaume celte recouvrant l'est de l'Autruche, l'extrême Est de la Bavière et une partie de la Slovénie, Le Norique deviendra province romaine peu avant le tournant de l'ère. C'est notamment la célèbre place fortifiée du Magdalensberg, non loin de Klagenfurt, en Autriche (Carinthie), région proche de la Slovénie, qui a libvré bon nombre de ces vases.
Le premier comportant trois visages, probablement assez tardif (fin IIème-IIIème s.) est exposé au Musée de Klagenfurt, sans qu son origine exacte soit précisée.
Les autres proviennent de l'ancien oppidum du Magdalensberg, qui devient ville romaine fortifiée dès la conquête des Alpes terminée. Datent de la fin du règne d'Auguste de de celui de Tibère (entre 10 et 35-40)
Bienvenue dans la tribu des gros nez!


Musée de Klagenfurt. Photo d'amateur.















































Deux vues de cette pièce "de caractère". assez extraordinaire provenant du Magdalensberg. Le gros nez est caractéristique. 
Photo du haut: Eleni Schindler-Kaudelka
Ci contre: www.Antike Tischkultur.de















Un autre exemplaire, également du Magdalensberg: 
Photo Eleni Schindler-Kaudelka.















Dans un style différent mais toujours muni d'un gros nez, toujours du Magdalensberg: 
Photo Eleni Schindler-Kaudelka
















Magdalensberg toujours.
Photo Eleni Schindler-Kaudelka


















Les vases à visage et à phalles.
On monte d'un cran dans la curiosité!
Certains de ces vases, en plus du visage tel qu'illustré plus haut montrent une ou deux représentations de phalles dirigés en direction de la bouche ou des yeux. Il ne faut pas y voir quoi que ce soit de grivois. Pour les Romains, gallo ou pas, le phallus est un signe apotropaïque (servant à éloigner le mauvais oeil, à conjurer le mauvais sort. n.d.l.r.). extrêmement fréquent, qui peut s'arborer sous forme de pendentif, d'appliques murales et de toutes sortes d'objets de décoration.
Origine: Germanie supérieure, 1er-2ème s. de note ère.

Colmar, Musée Unterlinden, exposition temporaire en 2009, photo personnelle.
Ce vase est issu des ateliers de potiers de Brumath (Alsace). D'assez grande taille, il fait un peu plus de 20 cm. de haut pour une capaciité dépassant largement le litre, il est muni d'une anse à l'arrière, ce qui en fait clairement un vase à boire.

              Paire de vases provenant d'une villa romaine proche d'Esslingen, Allemagne, (Bade Würtemberg).                      Photo Esslinger Zeitung, Musée d'Esslingen 



Curieuse composition pour ce vase. 
L'argile utilisée semble attribuer cette pièce aux ateliers de Cologne, au premier siècle de notre ère.
Römischer Zentralmuseum Mainz, (Mayence) 

Photo du Musée.
















Je clos ici ce premier volet du cabinet des curiosités, qui est en fait un résumé d'une série de publications sur Facebook.
D'autres suivront!
A bientôt!

jeudi 8 janvier 2015

Une visite impériale

Hadrian Visiting A Romano British Pottery

Sir Lawrence Alma-Tadema, vous connaissez?

Non, et ce n'est pas une surprise. L'oeuvre immense de ce peintre issu du courant académique, ou plutôt du néoclassicisme victorien, est quelque peu passée de mode. Et pourtant il eut son heure de gloire, ou plutôt ses années. Un des artistes majeures de la seconde moitié du XIXème siècle.
Lawrence Alma-Tadema, de son vrai nom Lourens Alma Tadema, naît en 1836 dans une famille néerlandaise aisée. Très tôt, l'enfant montre de grandes dispositions artistiques qu'il développe en dessinant et peignant, de même qu'un grand sens de la méthode. Ainsi, en 1851, il peint un portrait de sa sœur qu'il numérote Op. [Opus] I, une pratique qu'il gardera tout au long de sa vie, sa dernière toile portant le numéro Op. CCCCVIII...
 En 1852, il intègre l'Académie royale des beaux-arts d'Anvers et devient l'élève de Gustave Wappers puis de Nicaise de Keyser. Tous deux sont proches du mouvement romantique, et de Keyser, en particulier, encourage ses élèves à peindre des sujets historiques. En 1856, il quitte l'académie, devient l'assistant du peintre Hendryk Leys et s'installe chez le peintre et archéologue belge Louis de Taye, au contact duquel il s'intéresse à l'histoire et à l'archéologie. En 1862, il se rend à Londres pendant l'Exposition universelle. Lorsqu'il visite le British Museum, il est très impressionné par la collection d'objets égyptiens et particulièrement par la « frise du Parthénon », ce qui influencera considérablement son œuvre par la suite.
En 1863, il épouse une Française, Marie Pauline Gressin de Boisgirard, et découvre l'Italie lors de leur voyage de noces. Alors qu'il avait prévu d'y étudier l'architecture des églises primitives, il tombe sous le charme des ruines de Pompéi. Il en rapportera une impressionnante collection de photographies qui lui servira de documentation pour ses toiles à venir, représentant pour la plupart des scènes de la vie courante durant l'Antiquité. Plus tard, sa grande habileté à reproduire l'architecture antique lui vaudra le surnom de «peintre du marbre ».
De retour d'Italie, il s'installe à Paris où il rencontre le célèbre marchand d'art belge Ernest Gambart, qui l'encourage dans la voie qu'il a choisie et lui commande une vingtaine de toiles pour sa galerie londonienne. Le succès est immédiat. Puis, craignant une invasion prussienne, il quitte la France, tout comme Monet et Pissarro, et s'installe à Londres en 1870, et en 1873, devient sujet britannique.
Les expositions se succèdent, lui assurant un immense succès, aussi bien en Europe qu'aux États-Unis ou en Australie, pays où de nombreux prix lui sont décernés. On le classe parfois à tort comme tenant du mouvement préraphaélite. Si certaines de ses toiles peuvent le laisser penser, il est bien établi qu'il ne fit jamais partie de ce mouvement, sorte de confrérie fermée (Pre-Raphaelite Brotherhood). En 1876, il devient membre de l'Académie Royale. C'est durant cette période qu'il peint "Hadrian visiting a romano-british pottery".
 En 1899, il est anobli par la reine Victoria.A près une carrière de près de soixante ans, il meurt au spa de Wiesbaden, le 25 juin 1912. Son corps repose dans la cathédrale Saint-Paul de Londres.
Hadrian Visiting A Romano British Pottery, 1884. Huile sur canevas, coupée et retouchée, 159 x 171 cm.
Stedelijk Museum (Amsterdam, Netherlands). Photo © Creative Commons, licence GNU FDL

L'une de ses 408 oeuvres a donc retenu notre attention. Intitulée "Hadrian Visiting A Romano British Pottery", elle illustre une visite de l'empereur dans un atelier romano-britton tel que l'artiste s'est plu à l'imaginer. Cette  composition s'aligne parfaitement dans l'oeuvre générale d'Alma-Tadema, et au romantisme sous-jacent à ce travail suivant parfaitement les canons néoclassiques. Qui s'imaginerait aujourd'hui un empereur romain visitant un atelier de potier? Et pourtant, en cette fin du XIXème siècle anglais, faïences et porcelaines connaissaient une vogue immense, une sorte d'âge d'or, et il ne serait pas du tout apparu incongru  que la Reine de déplace en personne chez un fabriquant ou un négociant pour choisir SON nouveau service à thé! Or chacun voit et comprend l'histoire en la comparant au moeurs de son époque...Au-dela du pittoresque de cette scène, attachons-nous à quelques détails qui sont le sujet principal de ces pages: Les céramiques britto-romaines telles que Sir Lawrence Alma-Tadema les a représentées, notamment sur les deux fragments qui suivent.

The Roman Potters in Britain, 1884
Huile sur canevas, coupée et retouchée, 72 x 119 cm.
Royal Collection, The Hague (La Haye)
Photo © Creative Commons, licence GNU FDL


Ces deux représentations de "potiers britto-romains" sont eux aussi recoupé et retouchés. L'histoire de ces oeuvres est trouble, une part d'inconnu subsiste. Sont-ce trois parties d'une oeuvre monumentale qui pour une raison ou pour une autre ont été découpées, remontées par l'artiste sur des châssis puis partiellement retouchées? Ce n'est pas impossible.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que le séjour de Sir Lawrence chez Louis de Taye a laissé des traces et lui a permis d'exercer son regard, et, compte tenu des connaissances de son époque, de parfaitement placer  un objet dans son contexte historique. En l'occurence,  la visite de l'empereur Hadrien en Bretagne insulaire, une "inspection" pourrait-on même dire, qui se déroule en 122 de notre ère. Compte tenu des connaissance de l'époque, ces céramiques choisies pour meubler cette boutique de potier sont relativement correctes. Tout au plus une partie d'entre-elles sont un peu tardives pour l'époque, nous les datons aujourd'hui de la seconde moitié du IIème siècle.
Nous nous trouvons bien dans un atelier de potiers, la toile représentée ci-dessous le montre bien par les tourneurs travaillant en arrière-plan. Or, détail intéressant, certaines de pièces que l'on distingue à peine derrière l'empereur sur la toile principale proviennent d'ateliers gaulois ou rhénans, ce que Sir Lawrence Alma-Tadema, ne pouvait probablement pas savoir. En cette fin de XIXème siècle, l'archéologie consistait le plus souvent à déterrer des objets pour les classer dans des vitrines ou pour constituer des cabinets de curiosités commentés par les historiens de l'art. Le fait que certaines de ces céramiques aient été découvertes en contexte de production ou au contraire de consommation peut fort bien être passé inaperçu, et en plus les courants commerciaux et donc les éventuelles importations étaient mal connus.  L'archéologie contextuelle, permettant de bien mieux dater objets et ensemble par comparaison avec leur environnement ne s'est développée que bien plus tard.
The Roman Potter, fragment of ‘Hadrian Visiting a Romano-British Potter’, 1884
Huile sur canevas, fragment coupé et retouché,152 x 80 cm.  Musee d’Orsay, Paris, France
Photo © Creative Commons, licence GNU FDL
Le choix des poteries représentés est donc pour le moins confondant, dénotant une grande maîtrise des contextes historiques et culturels. Toutes ne sont pas identifiables car certaines d'entre-elles dorment dans les réserves des musées et ne figurent pas dans le publications modernes, et d'autres sont difficiles à distinguer dasn l'ambiance n peu sombre des arrières-plans. Toutefois celles illustrées sur le plateau transporté par le potier ci-dessus sont connues.
la première à partir de la gauche est aisément reconnaissable. Il s'agit probablement d'une production de la Nene Valley, qui est ou a été exposée au British Museum ou encore au Museum of London. Malheureusement cette référence a disparu est n'est pour le moment plus accessible. Il s'agit toutefois assurément d'une production britannique, son style ne permet pas de confusion. Comme toutes les pièces qui suivront le décor n'est pas moulé, mais réalisé à main levée à la barbotine.











A son côté, un grand gobelet dont le style est apparenté aux productions de Colchester, et exposé au Colchester Castle Museum. Il faut bien préciser "apparenté". Car si de tels gobelets ont assurément vu le jour dans ces ateliers de l'ancienne Camulodunum, ils sont parfois très proches par leurs formes et leurs décors aux productions de Cologne, également importées dans les îles britanniques. La couleur de la pâte et de l'engobe, ainsi que leurs textures permettent souvent de les différencier. Or cette photo d'amateur prise eu travers d'un verre de protection ne permet pas une identification certaine. cette production débute vers les années 100 à 120 de notre ère.




Les deux exemplaires à gauche et ci-dessous, faciles à reconnaître sur le plateau que porte le potier proviennent d'ateliers du centre de la Gaule, probablement Lezoux et sa région. Fréquemment importés dans les Îles britanniques, il n'est pas étonnant qu'elles figurent dans cet assortiment.



Un gobelet à décor de rinceaux végétaux. Musée de la Céramique, à Lezoux. Seconde moitié du IIème siècle. (Photo de l'auteur)

















Un gobelet, également de Lezoux, comportant des animaux (chiens en lièvres) entre les mêmes types de rinceaux végétaux. Musée de Bavay. Seconde moitié du IIème siècle

Photo © Musée de Bavay






Autre pièce majeure des ateliers de Colchester figurant sur la toile principale,devant le bras droit de l'Empereur:
Cet extrardinaire gobelet montre un décor de courses de chars, probablement réalisé partiellement par des motifs d'applique moulés, puis rehaussés à la barbotine, c'est un fleuron des ateliers insulaires du IIème siècle. D'autres gobelets de ce même type sont connus, montrant notamment des combats de gladiateurs ou d'hommes contre des bêtes. Il est possible qu'au moins l'un d'entre eux soit représenté sur la rambarde de l'escalier au bas de la toile principale, les détails ne sont pas suffisamment visibles même sur les meilleurs prises de vue. Par leur forme, ces pièces sont apparentés aux productions de Cologne de la première moitié du IIème siècle. Le contexte de leur découverte n'étant pas connu, il es difficile d'en dire plus.




Gobelet à "décor de cirque".  Ateliers de Colchester, IIème siècle. British Museum.



En représentant ainsi l'aspect sombre et envoûtant de ces céramiques du service à boire du IIème siècle, l'auteur a pu ajouter une petite note dramatique à une scène somme toute paraissant bien commune. C'est ce qui fait le charme de ces peintures au style paraissant aujourd'hui un peu désuet. Et pour conclure, Sir Lawrence Alma-Tadema ayant été surnommé "Le Peintre des Marbres", nous ne résistons pas à vous présenter "Sculptors in Ancient Rome", une oeuvre datant de 1877.


Sources: 




mardi 25 juin 2013

Le Musée de la Cour d'Or à Metz

En fait, c'est plutôt DES Musées de la Cour d'or qu'il faudrait parler, car plusieurs collections y sont exposées, celles d'archéologie, dont il sera question dans ce billet, celle d'art médiéval, Ainsi qu'un espace dédié aux arts contemporains. Les espaces eux-mêmes faisant partie du patrimoine architectural et historique lorrain.
  Sculptures médiévales dans l'espace du Grenier de Chèvremont, un des anciens greniers à blé de la Ville.  © Créafrance
Le Musée tire son nom du palais des rois mérovingiens d'Austrasie qui devait se trouver sur le site actuel de l'établissement, sur ou à côté des anciens thermes romains de l'ancienne Divodurum Mediomatricorum, capitale de la Cité des Médiomatriques.
Une partie des collections gallo-romaines occupe le site des thermes de Divodurum, découverts lors de la réfection des bâtiments et conservés in situ. 
Photo © musee.metzmetropole.fr
La ville gallo-romaine était un des plus grandes des Gaules avec peut-être 15 à 20'000 habitants, ce qui est tout à fait considérable pour l'époque. Elle occupa tout d'abord l'emplacement de l'ancien oppidum, la place forte et capitale des Médiomatriques au temps de l'indépendance, puis s'étendit rapidement vers le Sud selon les plans orthogonaux classiques des villes romaines.
De cette époque gallo-romaine il subsiste les très importantes et très riches collections actuellement exposées dans le Musée Archéologique. Enrichies par les découvertes faites dans les environs, l'ensemble en fait à mon avis une des plus belles collections de France, admirablement mise en valeur dans ces cryptes qui sont souvent les restes des thermes de l'époque. Une mise en lumière astucieuse ajoute encore au charme sombre et envoûtant de ces lieux.
C'était à l'occasion des Journées Nationales de l'Archéologie, organisées par l'INRAP, que j'officiais dans ce vénérable établissement, à faire des démonstrations de tournage, en compagnie d'Armand et Sandrine Desbat qui réalisaient des cuissons en four gallo-romain. Mais pour une fois, plutôt que d'évoquer mes prestations lors de ces journées, j'ai préférer évoquer le cadre dans lequel elles se sont déroulées.

Le but de ce billet étant évidemment de vous parler de quelques aspects des céramiques exposées en ces lieux, je ne saurais passer sous silence les exceptionnels ensemble lapidaires exposés.Le choix est vaste, très vaste, mais je ne saurais passer sous silence les deux ensembles tout à fait grandioses que sont le Mithraeum de Sarrebourg et la Colonne de Merten

L'autel du Mithraeum de Sarrebourg. Le culte initiatique à Mithra, divinité indo-orientale "importé" par les soldats orientaux et devenu populaire aux IIème et IIIèmes siècles se pratiquait dans des grottes, comme à Sarrebourg, mais le plus souvent dans de petits sanctuaires souterrains de forme étroite et allongée. Le relief montre la scène classique du combat de Mithra contre le Taureau. Photo © Wikimedia Creative Commons
Jupiter à l'Anguipède. Groupe typique du panthéon gallo-romain, il représente un cavalier divin piétinant un géant à queue de serpent. La plupart du temps ces figures étaient placées au sommet d'importantes colonnes. Le chapiteau montre encore les allégories des quatre saisons entre des feuilles d'acanthe. Cette colonne de Merten devait mesurer à peu près 13 mètres de hauteur.
Outre l'impressionnant lapidaire évoqué, on peut y voir ue impressionnante collection de stèles funéraires et de reliefs de toutes sortes.Par ailleurs les aspects de la vie quotidienne sont illustrés par de très nombreux objets domestiques ou  éléments de parure. De nombreuses pièces complètes de céramique sont bien sûr exposées à la Cour d'Or.
Petit florilège:

Coupe en sigillée de forme "Dragendorff 29 b" de Gaule du Sud. Bel exemple issu de la période de splendeur des ateliers de la Graufesenque. Une réalisation moulée de grande classe. Milieu du Ier siècle de notre ère.
Photo © Wikimedia Creative Commons
Les productions locales sont aussi à l'honneur, comme le témoignent ces sigillées de Chémery:
Sortie des réserves du Musée, un coupe Dragendorff  37 à décor floral des ateliers de Chémery.



Extrait d'un bordereau d'enfournement. Ces textes établissaient les décomptes nominatifs des pièces produites par chacun des potiers ou ateliers dont les pièces étaient ensuite cuites dans le four communautaire. Malheureusement ce texte, très incomplet ne permet pas une reconstitution de la fournée...








La "Terra Rubra" est une production typiquement gallo-belge. C'est une sorte d'imitation de sigillée au revêtement rouge mat. Les ateliers locaux ont littéralement inondé la Gaule belgique du premier siècle de notre ère des ces productions. Mais qui dit imitation de sigillée ne signifie pas céramique de piètre qualité. La Terra Rubra est presque toujours de facture très soignée. Ce plat de presque 40 cm. de diamètre en est un bel exemple.


La "terra nigra", littéralement "terre noire"  est la variante sombre de ces productions gallo-belges, et suit donc les mêmes courant commerciaux. Bien que de taille plus réduite que le plat, cette assiette n'en est pas moins de fort belle exécution.
 L'esprit créatif des potiers gallo-romains s'exprime surtout dans l'exécution des vases à boire, champ ouvert à toutes sortes de créations très originales, bien que restant souvent accordée aux courants esthétiques d'une région ou d'une province. Il se trouve toutefois des formes ou des types commune à des entités géographiques ou territoriales beaucoup plus vastes, comme les gobelets à dépressions ou également dits "à haut col":
Trois gobelets à haut col. l'un lisse, le second à côtes de melon et le troisième à dépressions- Cette forme et commune à toutes les Gaules du Nord des Alpes et du Massif central. Nombreux sont les ateliers à les avoir fabriqués, et sans les examiner de près, il est difficile de déterminer leur provenance (fin IIème-début IIIème siècle)
Autres variations sur les gobelets à dépressions...
Par leur forme et le style de leur décor typiques de la Gaule de l'Est, des deux exemplaires proviennent probablement des ateliers de la vallée de l'Argonne. Ces pièces ne sont pas moulées, mais décorée à la barbotine à main levée.



Une autre pièce argonnaise, qui permet une fois de plus de témoigner de la très grande maîtrise des décorateurs.










Bien que la plupart du temps les gobelets soient de teinte sombre, on trouve quelques exemplaires clairs issus des ateliers de sigillée. Les ateliers  de Rheinzabern ont réalisé de très belles productions selon cette technique. Comme les pièces sombres, le décor est réalisé à main levés à la barbotine.
Ce n'est pas une facétie de potier! Les vases à visage sont relativement courants dans toutes les régions. A ses cotée un gobelet des ateliers de Trèves. Très techniques à réaliser correctement des pièces sont décorées à la barbotine blanche sur un revêtement gris à noir métallescent. En une seule cuisson...

Je ne vous dévoilerai pas la suite...Ce serait vous faire rater cette visite lors d'un prochain passage à Metz.
Et si vous n'y passez pas, faites le détour! Ce magnifique musée, trop méconnu, en vaut largement la peine!

Sinon, rendez-vous au printemps 2014. Je devais à nouveau y présenter la fabrication des céramiques avec Armand Desbat lors des journées de l'Archéologie


Plus de renseignements sur le site des Musées de la Cour d'Or:

http://musee.metzmetropole.fr/site/index.php


lundi 10 décembre 2012

La mort est dans le pré





Le titre pourrait être celui d'un nouvelle de Hitchcock ou de Lovecraft. Ou celui de quelque reportage sur les pesticides qui enpoisonnent nos champs et nos vies. Il n'en est rien, mais ce n'est pas très joyeux pour autant.
C'est d'une exposition temporaire au Musée Romain de Lausanne-Vidy qu'il s'agit.
Et pas n'importe quelle exposition, car il s'agit là de montrer les premiers résultats de sondages exploratoires sur ce qui est probablement une des découvertes les plus intéressantes de l'archéologie lausannoise de toutes ces dernières années.
Sous les courgettes et les côtes de bettes, à peine sous les fondations de cabanons des jardins familiaux lausannois et leurs nains de jardins, une multitude de tombes gallo-romaines était là, oubliées depuis des siècles. 5 ou 6000 tombes, peut-être plus encore. Un véritable trésor qui sera fouillé au fil de ces prochaines années, précédant la construction du futur écoquartier qui a conduit à leur découverte.


L'exposition est conçue comme l'itinéraire d'une sépulture. On est en 127 ap. J.-C. Un habitant de Lousonna vient de décéder. Sa dépouille, avec des fleurs et quelques offrandes, repose sur le bûcher dressé par ses proches...

Le lendemain, ils recueillent dans la cendre refroidie des restes d’ossements calcinés, qu'ils lavent et déposent dans un pot. Une écuelle à l'envers fait office de couvercle. Ils enfouissent l'urne, ajoutent un peu de nourriture et de boisson pour le voyage vers l’autre monde, comblent la fosse avec les déchets de la crémation, marquent la tombe par un petit tertre et une pierre...
...Et le tout tombe dans l'oubli et repose ainsi près de 19 siècles, jusqu'au moment où un plan d'urbanisation amène à sa redécouverte.
Des obsèques d'alors à la vitrine de musée d'aujourd’hui, l'exposition "La mort est dans le pré retrace" le destin posthume des gens de Lousonna. Elle évoque les rites et les croyances funéraires gallo-romaines, montre aussi comment un projet d’aménagement moderne aboutit à enrichir le patrimoine historique, à travers la fouille, la restauration et l'étude de vestiges spectaculaires. Plus que l'exposition de vestige issus des fouilles des premières tombes, elle montre surtout au travers de cet itinéraire le travail d'exhumation, de nettoyage, d'étude, de reconstitution, du pré jusqu'à la vitrine du Musée.
Une urne cinéraire en cours de fouille. les ossements du défunt sont placées dans une une bouteille de verre qui est placée dans l'urne avec les vestiges d'offrandes. Photo © Archeodunum SA, Gollion 
Quelques urnes retrouvées intactes, Ce sont en fait de gros pots de stockage recyclés en urnes cinéraires. Photo © Musée Romain de Vidy
Monter une telle exposition nécessite de montrer plusieurs fois la même tombe évoluant dans le temps. On fait alors appel au potier pour refaire les urnes et la vaisselle d'accompagnement. 6 urnes attendent sagement le jour de leur cuisson...
Hormis l'écuelle qui sert de couvercle à l'urne, l'usage voulait qu'on dépose un peu de nourriture et de boisson auprès des restes du défunt. Ici une série de gobelets issus de sépultures tardives à inhumation.
Gros plan sur une figurine de lapin. de menus objets étaient aussi souvent déposés comme offrandes
Photo © Musée Romain de Vidy

Au fil des prochaines années, la fouille complète de la nécropole des Prés-de-Vidy va donc apporter énormément d'éléments nouveaux à la connaissance de l'agglomération et de la population antiques. D'innombrables objets, souvent intacts, vont enrichir les collections publiques. Et les restes humains de l’époque romaine vont être recueillis, étudiés et conservés.

 Musée Romain de Vidy, 13 novembre 2012 au 14 avril 2013

Exposition réalisée avec l’appui du Musée cantonal d’archéologie et d’histoire (laboratoire de conservation-restauration), d’Archeodunum S.A. (fouille et étude), de l’archéologie cantonale et de la direction de projet Métamorphose, Ville de Lausanne.