jeudi 15 décembre 2011

Les fours de potiers antiques 1/3



Première partie : Les fours à coupole fixe.

Les fours antiques sont des installations à tirage vertical. Le foyer situé dans un canal allongé, l’alandier, alimente une chambre de chauffe souterraine, les gaz de combustion s’infiltrent ensuite au travers de la sole, sorte de dalle suspendue et perforée, pour aller chauffer la charge à cuire déposée dans le laboratoire.

La plupart du temps, ces installations sont partiellement, voire totalement enterrés ce qui permet ainsi l’économie d’importantes structures de soutien de la base de l’édifice.
On procède au chargement des céramiques par une porte située à l’arrière ou sur le côté du four, ouverture qui est scellée pour le temps de la cuisson.


 Le four de Sévier, en Savoie, est un des  plus ancien fours européens connus.






 la chambre de chaufe était munie d'une coupole amovible. On chargeait le four, puis ensuite on posait la coupole. Et enfin une fois la cuisson réalisée et les céramiques défournées, on pouvait détacher la base de la chambre de cuisson pour la remiser avec la coupole à l'abri des intempéries.







Principaux types de fours en usage durant la protohistoire et l’antiquité. Toutes ces installations peuvent avoir été munies d’une coupole fixe ou partielle, mais aussi avoir été simplement munies d’une couverture de tessons.
Les  Celtes construisaient essentiellement des fours de type 1a et  surtout 1b. Les installations à plan carré et rectangulaire sont plus typiques de la période romaine, et ont essentiellement été utilisés pour la cuisson de grandes pièces, comme les tuiles, les amphores ou les cruches.
Parallèlement à d’autres types de fours, ce système sera utilisé durant tout le moyen-âge, jusque vers les XVI-XVIIème siècle en Angleterre notamment. 













 Les fours à coupole fixe dans l’iconographie antique.



Fourniers à leur travail. (Plaquettes votives corinthiennes du sanctuaire de Penteskouphia). 
On remarquera sur cet exemplaire le dessin de la porte de chargement sur la coupole. 










A débraiser l’alandier ! Trop de braises entravent le tirage et ralentissent la montée en température.










Etonnante représentation grecque d’un four vu en coupe !













Gestes de potiers. Ce dernier s’apprête à sortir un témoin de cuisson de son four, la main gauche en avant afin de situer le flux de gaz brulants et éviter ainsi de se brûler le visage.









Archéologie des fours:

Un four de tuiliers circulaire d’Avenches. (plan de type 1d) On y cuisait, comme à Sallèles d’Aude, des charges mixtes de tuiles et de cruches. Diamètre intérieur environ 2,50 m.



La partie supérieur ayant comme c’est souvent le cas complètement disparu, on ne sait pas si il était muni d’une coupole ou non.







 A Sallèles d'Aude, près de Narbonne, deux grands fours à amphores remarquablement bien conservés. On remarquera la visibilité particulièrement bonne des soles et de leurs structures de soutènement par murets parallèles perpendiculaires à l’alandier.






















 
Reconstitution en maquette ouverte du four visible au premier plan de la page précédente.. Sa coupole est faite de vases emboîtés les unes dans les autres et liés au torchis. On y cuisait des tuiles et des cruches.

Ces fours sont visibles aur le site-musée Amphoralis. Pour plus de renseignements: 















Et quelques restitutions modernes: 

Un petit four à coupole fixe en pleine chauffe. La température est ici proche de 1000 degrés au vu de la couleur de la flamme d’échappement (Cuarny 1999).
Une installation plus importante, qui a remplacé le petit four précédent, usé par le temps. On distingue les deux briques qui, par la fermeture partielle de la cheminée, appelée aussi registre dans notre jargon, permet ainsi de contrôler l’atmosphère de cuisson. Complètement fermé, le registre permet alors facilement de procéder à une fin de cuisson réductrice. Le feu refoule alors violemment par la gueule du foyer
Les registres réglables sont pratiques quant il faut contrôler la température de cuisson par évaluation en observant la couleur d’incandescence des pièces en cours de cuisson.

Les fours à coupole fixe sont les plus difficiles à construire, mais les plus faciles à conduire car d’une souplesse de réglage tout à fait étonnante. 

Et enfin, pour terminer une vue à l'intérieur de même four, en cours de cuisson. La magie du feu...

Les fours de potiers antiques 2/3

Deuxième partie : Four puits à chargement par le haut.

Ce genre de four ne comporte pas de coupole et se charge par le haut. On fait ainsi l’économie de la porte, qui fragilise toujours la coupole de couverture. Dans ce cas, la charge à cuire est protégée par une couche de tessons.

Ce type de couverture, au contraire du système à coupole fixe, pose une difficulté pour régler le tirage. Une bonne expérience des cuissons permet toutefois de réaliser des fournées de céramiques sombres en mode réducteur. Dans ce cas, il est nécessaire de recouvrir la couche de tessons de terre meuble ou de cendres.

Par contre, modifier le réglage du tirage en cours de cuisson est très difficile et ne peut se faire qu’en obturant partiellement le foyer, ou en recouvrant partiellement les tessons de braises ou de cendres.
Ces installations sont les plus courantes dans le monde romain. Elles sont puissantes, rapides et efficaces. Leur construction est simple et ne nécessite que peu  d’entretien. Les pièces mises à cuire sont très exposées aux flammes et les surcuissons entraînant une déformation d’une partie des pièces sont fréquentes.


Il existe toutefois de nombreux types hybrides, situés entre le four à coupole et le four puits. Parfois munis d’une simple étroiture comme ci-dessous, ces fours ne différent guère des fours puits conventionnels.

 
Ils seront dans le cas ci-dessus recouverts de tuiles ou de tessons, l’étroiture permettant d’obtenir une meilleure rétention de la chaleur. Lorsque l’amorce de coupole est plus importante comme ci-dessous, la couverture peut se faire au moyen de plaques de torchis ou d’une collerette, et alors le fonctionnement d’une telle installation s’apparentera à un four à coupole fixe.




 
La base de ce four, ici représenté sans sole, est un système utilisé à la Tène finale ainsi qu’au Haut Empire. De gros vases coincés entre la languette et les banquettes latérales faisaient office de support pour l’entier de la charge. Des soles temporaires ou amovibles ont aussi été utilisées dans ce genre d’installations, qui s’apparentent au type 1b présenté dans l'article précédent.










Exemples archéologiques :



A Braives, en Belgique, un four de potiers de plan circulaire. On y cuisait des céramiques claires de type « Terra Rubra » (céramiques à revêtement argileux rouge mat originaire de Gaule Belgique)
Ce four ne comporte pas de porte et se chargeait par le haut. Diamètre intérieur environ 1,20 m. (Belgique). Son état de conservation est presque parfait, la chambre de cuisson est presque intégralement conservée.







Belle perspective sur l’aire de travail d’un four  circulaire de Bram. (F) (diamètre intérieur du four : 1,80 m.).La plupart des fours antiques sont profondément enterrés, ce qui rend leur construction beaucoup plus sûre et permet le plus souvent d’éviter fissures et effondrements. Cela nécessite l’aménagement d’une importante aire de travail devant le foyer. Le fond de cette fosse se situe à presque 2 mètres sous la surface du terrain.



 
Et restitutions modernes : 


Un four à coupole partielle. Ces installations se chargent par le haut, et sont ensuite couvertes par une couche de tessons ou une collerette. De cette manière, le fonctionnement est très proche d’un four à coupole fixe conventionnel.


Belle vue à la nuit tombante. Pouvoir observer ainsi l’évolution des températures de cuisson est non seulement très pratique et utile, c’est aussi un enchantement absolu.

















Un four puits sans coupole...






...et sa couverture de tessons.








Dans ce cas, il faut jauger la température de ces derniers, ce qui est un peu plus délicat. Le mieux est d’aménager un petit espace entre un groupe de tessons, d’où on pourra apercevoir quelques unes des céramiques en cours de cuisson.

Les fours de potiers antiques 3/3

Fours à rayonnement, ou fours à tubulures (fours à sigillée).

La fabrication de certaines pièces céramiques, notamment et surtout la terre sigillée aux tons rouges unis, nécessitait que la charge à cuire soit intégralement protégée des flammes. L’idée est née apparemment en Italie vers la fin de la république, précisément lors de la mise au point des céramiques à vernis rouge.

L’astuce ici est de canaliser les flammes dans des tubulures d’argile, qui officieront ainsi en tant que corps de chauffe fonctionnant par rayonnement thermique. En ménageant de petites ouvertures vers la base du laboratoire, on pouvait en plus améliorer l’oxygénation de la charge et aviver ainsi les rouges des vernis.

  1. Aire de service couverte.
  2. Entrée de l’alandier.
  3. Alandier.
  4. Socle de l’alandier et de la chambre de chauffe
  5. Chambre de chauffe avec les entrées de tubulures
  6. Murs de soutènement du laboratoire.
  7. Laboratoire. Des étagères sont constituées de grandes tuiles reposant sur les ressauts des tubulures
  8. Sortie des tubulures munies d’un système de réglage du tirage
  9. Couverture finale (tuiles ou plaques d’enfournement).
  10. Niveau du sol naturel.
Des installations plus petites existaient conjointement. Elles étaient parfois munies de tubulures dans les parois du laboratoire, telles que celle-ci découverte dans la zone des ateliers antique de Gueugnon (F) 

Un tout petit four à tubulures. Parmi les 50 ou 60 découverts sur ce site.



La chaleur est essentiellement transmise par des tubulures latérales.



C’est ce qu’on appelle un «  four mouflé »

 

On y cuisait de très petites coupes de sigillées et des statuettes d’argile blanche, peut-être également des moules à sigillée.



Diamètre intérieur environ 70 cm.






 
Et enfin un des fours tardo-antiques de Mareuil-lès-Meaux (F, Seine-et-Marne): 

C’est lors du contournement autoroutier de la ville de Meaux que Renaud Gosselin, archéologue INRAP a repéré des vestiges de fours gallo-romains à proximité immédiate de bâtiments antiques. Il reçoit bientôt le mandat de la part du Conseil Général d’Ile-de-France de procéder à une fouille d’urgence, qui se déroulera sous sa responsabilité de juin à septembre 2002.
Ce type de four, lui aussi très bien conservé, quoique l’élévation au-dessus de la sole n’est que de quelques centimètres, correspond bien aux ateliers de sigillée tardo-antiques. Sa spécificité se trouve dans l’intégration des canaux de chauffage dans les parois du laboratoire, ainsi que dans quatre tubulures internes. Pour autant que l’on n’ait pas de fuites, ce type de four fonctionne comme un four électrique, c’est à dire par rayonnement, les tubulures agissant comme corps de chauffe. Les flammes ne sont donc plus en contact direct avec les céramiques, ce qui assure une couleur parfaitement uniforme du revêtement. Ce four mesure environ 1,40 m. de diamètre intérieur. Compte tenu des éléments manquants, il était équipé de 56 conduits de chaleur dans les parois, et 4 traversant le laboratoire.
















Plan du four. Par le type de céramiques qui l'on y cuisait, on a pu dater cette installation au troisième quart du IVème siècle de notre ère.



Source : SFECAG, Société Française d’Etude de la Céramique en Gaule. Actes du congrès de St.-Romain –en-Gal, 2003, Marseille, ISSN 1297-8213 : Phillippe Bet, Richard Delage, Paul Van Ossel : Un atelier de sigillée de type argonnais près de Meaux.

Et malheureusement pas de restitutions modernes, cette fois. Ne travaillant que très rarement sur la céramique sigillée selon la terminologie archéologique, je ne me suis pas équipé d’une telle installation…



mardi 6 décembre 2011

La sigillée, de ses origines italiques à son apparition dans les Gaules

Ah ! La sigillée ! Que n’en a-t-on pas dit ! C’est assurément la plus connue des « spécialités » en céramique d’époque romaine. Cette dénomination est source de nombreuses confusions, et il sera plus clair de mettre au point cette terminologie.
Pour les potiers et céramistes contemporains, la « sigillée » est un vernis argileux, une sorte d’engobe, vitrifié ou non, qui peut occasionnellement être coloré au moyen de pigments ou d’oxydes métalliques. Par extension, la sigillée définit une céramique dont le revêtement à base d’argile devient brillant par polissage ou  par vitrification. De ce point de vue, la sigillée englobe presque toutes les formes de céramiques antiques à vernis argileux.
Pour les archéologues et céramologues, ce vocable définit plus précisément les céramiques tournées ou moulées, décorées ou non, revêtues d’un vernis argileux brillant, et cuites en atmosphère oxydante pour leur donner un ton allant du rouge sang au brun-rouge uniforme. Ces céramiques sont souvent marquées d’une estampille « sigillum » montrant généralement le nom du potier ou de l’atelier qui l’a réalisée. Exceptionnellement, cette sigillée peut être noire. Les autres variantes de céramiques à revêtement argileux sont définies par des termes plus spécifiques.
Pour plus de commodité et précision, j’utilise le langage des archéologues dans les articles traitant de ces sujets. Et j’évoquerai la céramique sigillée « strictu senso » dans les quelques pages qui suivent.
Où situer l’origine de la sigillée, cette belle céramique antique à vernis argileux rouge uni ? Il est toujours difficile de répondre à cette question tant la chronologie de l’apparition de nouveaux types céramiques est difficile à établir.
L’Italie avait une longue tradition de céramiques à vernis noir, héritée du temps des cités grecques du Sud de la Péninsule. Les plus célèbres furent les campaniennes, mais d’excellents ateliers étaient aussi établis en Calabre ou en Sicile. La composition des vernis qui enduisaient ces pièces était telle qu’elles nécessitaient une forte réduction en fin de cuisson pour assurer la couleur noire du revêtement. Le moindre défaut de régime, un peu d’air atmosphérique qui rentre dans le four lors de cette opération, et la fournée était « ratée ». Nos pas inutilisable, mais le vernis virait au brun, voire au rouge et les pièces étaient dépréciées. On sait maintenant qu’elles étaient tout de même commercialisées, peut-être à un prix légèrement inférieur. On retrouve bon nombre de telles pièces un peu oxydées lors des fouilles, mais ce ne sont généralement pas celles que l’on expose dans les musées. Et parfois même, ce que l’on juge aujourd’hui comme une imperfection, était corrigé à l’encre de Chine pour les expositions. Louable intention, peut-être estimait-on que le temps avait altéré le vernis, et que l’on se devait de corriger cette injure à la noblesse originelle supposée de la pièce. C’était ne pas connaître le délicat processus de cuisson et tous les aléas qui y sont liés. Le petit défaut ne fait-il pas parfois le charme, et n’écrit-il pas son histoire et celle de la personne qui a réalisé cette céramique ?








Un couvercle de lekanis grecque. La réduction a mal pris et le vernis argileux est resté brun-rouge alors qu'il aurait dû être noir. ( Vème s. av. J.-C.)



Une coupe Campanienne A de Lattes. Le vernis souffre de défauts d’épaisseur et de réduction. Les marques de doigts lors du trempage sont restées très visibles. 
  

Ces deux illustrations montrant des reflets rouges accidentels, on peut démontrer que la couleur originelle de ce vernis se situe dans les bruns-rouges selon les argiles utilisées, et que, en fait, l’amener au noir est une sorte d’accident de cuisson volontairement provoqué. Une cuisson totalement ratée donnera un brun-rouge plus ou moins uniforme. Certains revêtements argileux peuvent tout aussi bien donner une céramique campanienne noire parfaite qu’une sigillée rouge. Il suffit de jouer sur les atmosphères de cuisson…
Les modes étaient aussi tyranniques aux temps antiques qu’aujourd’hui, et chaque vêtement, chaque accessoire, chaque objet était un marqueur social. Il en résultait donc une évidente inertie, parfois forte, qui s’opposait au changement et à l’évolution rapide des courants esthétiques. Comment en arriva-t-on à la sigillée ? C’est un mystère. Initiatives individuelles suite à des accidents de cuisson qui révélèrent les possibilités de vernir les céramiques en rouge vif ?  Mode importée de la partie orientale du monde méditerranéen ? Peut-être un peu des deux. Toujours est-il que dès leur apparition, ces belles céramiques rouge vif connurent un immense succès, d’abord auprès des militaires, dont le pouvoir d’achat permettait aisément de s’approvisionner auprès des ateliers italiques, puis auprès des civils également.
Techniquement, passer de la céramique à vernis noir à la sigillée ne représentait pas un saut technologique très important. La composition des vernis est assez semblable, seuls des détails de composition des argiles peuvent varier.
Le seul obstacle technique se situe dans la méthode de cuisson. Alors que les céramiques à vernis noir nécessitent une atmosphère réductrice, donc exempte d’oxygène et riche en CO (monoxyde de carbone), voire en méthane (CH4) issu des gaz d’une combustion incomplète, les vernis rouges  exigent un environnement oxydant, donc riche en oxygène, et par conséquent si possible totalement exempt de gaz de combustion et de fumées. Les potiers antiques ont résolu le problème en équipant leurs fours de tubulures canalisant aussi bien le feu que les gaz de combustion. Le résultat obtenu est une installation fonctionnant par rayonnement thermique uniquement, et assez proche des fours électriques actuels.
Les tubulures n’étaient pas inconnues. Elles furent parfois utilisées pour protéger certaines pièces particulièrement délicates des coups de feu. Dans ce cas elles n’équipent qu’une partie de la hauteur de la chambre de cuisson du four. La tubulure intégrale n’est qu’une évolution, pas une révolution.




Un four à sigillée ici restitué selon le modèle du grand four de la Graufesenque à Millau (F). On y voit clairement les tubulures destinées à canaliser les flammes et ainsi protéger les céramiques de tout « coup de feu » qui créerait des zones sombres sur les récipients qui y seraient exposés.
 



















 
Un four à sigillées tardives de Meaux, dans la région parisienne. Cet exemple illustre parfaitement ce genre d’installation dans laquelle le chauffage se fait essentiellement par les parois munies de tuyaux de chauffage, mais aussi par quelques tubulures internes. Datant du IVème siècle de notre ère, cette installation montre bien la longévité exceptionnelle de cette mode de consommation aussi bien que le la technique que nécessitait sa fabrication.












 
Les deux exemples ci-dessus montrent bien l’évolution technique à laquelle les potiers antiques ont été confrontés. Ces fours, parfois très rustiques dans leur construction, tiennent toutefois d’une haute technologie et d’une parfaite compréhension des phénomènes liés à la combustion et au travail à haute température, qui peut dans certain cas atteindre plus de 1100 degrés, voire 1180 pour le maximum. Leur entretien est délicat, les tuyaux, toujours en terre, cassent facilement, et doivent impérativement âtre entièrement démontés après chaque cuisson pour remplacer les sections défectueuses. Une collerette est posée entre chaque tube, qui servira de support aux étagères d’enfournement.
Cette céramique apparaît entre 50 et 30 avant notre ère, principalement à Arrezzo en Italie actuelle, par tâtonnements à partir de la Campanienne noire. Dès le processus de fabrication mis au point, sa diffusion va profiter des circuits commerciaux déjà établis pour cette campanienne qui avait connu un immense succès. L’apogée de la sigillée italique se situe dans le règne d’Auguste, entre – 30 et 15 de notre ère. 

 
Calice moulé, fabriqué dans les ateliers d’Arezzo, peu avant le tournant de l’ère. (Source et licence : Wikimedia Creative Commons)


Un moule d’Arrezzo. Seule la partie décorée était moulée. La partie supérieure de la coupe était tournée en même temps que le moulage, puis le pied, tourné séparément, était ensuite collé à la barbotine. (Source et licence : Wikimedia Creative Commons)










Une coupe tournée et décorée de motifs appliqués après le polissage.












 
Une coupe tournée d’origine italique, que l’on retrouve fréquemment dans les camps militaires. 









 
Ce calice et les deux coupelles tournées sont assez représentatifs de la sigillée italique. Ces récipients seront exportés loin à la ronde. Le calice, par exemple a été retrouvé à Metz. Pour les archéologues, ce sont des marqueurs chronologiques importants. On en retrouve des exemplaires en fouillant des camps militaires temporaires dont l’occupation est bien datée. Ensuite, en comparant avec les sites de production, puis d’autres sites de consommation, on arrive à établir des chronologies très précises, parfois à 5 ans près, qui sont très utiles dans la compréhension de l’histoire antique.
Dès 15 avant notre ère, le succès commercial de ces produits va engendrer deux phénomènes trop bien connus aujourd’hui. La délocalisation, qui se manifeste notamment à Lyon, où un ou plusieurs ateliers d’Arrezzo vont ouvrir des succursales, notamment pour se rapprocher des camps militaires du Rhin, mais aussi pour satisfaire la demande des Gaulois en cours de romanisation.
L’imitation ensuite. Peut-être à partir de petites succursales, des ateliers gaulois vont voir le jour, notamment à Millau-La Graufesenque et Montans. Rapidement, ces ateliers indigènes vont se développer et une production proprement gigantesque apparaîtra, spécialement à La Graufesenque, probablement le plus grand centre de production de sigillée de l’Antiquité.







 
Une assiette « Dragendorff 17 » de La Graufesenque, signée du potier Quadratus. Un travail parfait, témoin de l’immense maîtrise de ces potiers gaulois.




 
Une pièce « Dragendorff 29b » également de La Graufesenque, découverte intacte à Metz. Après 2000 ans passés en terre, le revêtement est resté tel qu’il était à l’origine. Absolument parfait. La résistance de ces vernis stupéfie toujours archéologues et céramistes…Cette pièce est moulée, au contraire de la précédente qui est tournée.
 (Source et licence : Wikimedia Creative Commons)

 
Tesson d’une sigillée moulée de Montans. Les potiers de cette localité firent preuve d’une belle maîtrise, sans toutefois égaler ceux de La Graufesenque.



 
Je traiterai prochainement des ateliers gaulois qui ont fabriqué de la céramique sigillée. Le sujet est très vaste et ne pourrait raisonnablement pas être traité dans cet article.
On ne saurait terminer ce tour d’horizon sans évoquer (enfin!) l’estampille, le sceau, le sigillum qui a donné son nom français à cette catégorie de céramique.








 
Une estampille de PASSIENUS de La Graufesenque. Sa graphie O PASN, éventuellement O PASA se lit ainsi : O[FFICINA] PAS[SIE]N[US]. « De l’atelier de Passienus ». Entre 54 et 69 de notre ère. D’autres exemplaires de cette estampille sous cette forme ont été découverts à Londres, à Amiens et à Mayence. Ce qui donne une petite idée de la zone de diffusion de cet atelier… Mais il faut dire que c’est un des potiers les plus connus de ce centre de production, et ses estampilles sous toutes les formes sont répertoriées par milliers…




 
Très rare exemplaire d’une estampille du potier VIBIUS de Montans, découverte en Suisse romande, à Yvonand. Sa graphie, VIBI F se lit ainsi : VIBI[US] F[ECIT].  « Fait par Vibius ». Elle est peu connue, et sa datation se situe entre les règnes de Claude (41-54) et Vespasien(69-79). Le cartouche en forme de losange est unique. 



 
Prochain article de cette série sur la sigillée :

Les ateliers gaulois de sigillée au Haut-Empire

Tout bientôt…

Peut-être…

Les céramiques à vernis argileux, des origines à la sigillée italique

Les céramiques à vernis argileux (1ère partie)
Des origines à la sigillée italique

Le terme a déjà été fréquemment écrit dans ces pages, mais jamais vraiment défini. Comme beaucoup de techniques ou de tours de main dans l’art de la céramique, ce peut parfois être à la fois très simple et très compliqué. Vous n’allez, ô lectrice ou lecteur, pas être déçus !
Les origines des vernis argileux se perdent dans la nuit des temps. Comme il s’agit simplement d’une suspension d’argile dans de l’eau, dès que l’on conçut l’idée de décorer les poteries, on a pu avoir l’idée de les peindre avant ou après la cuisson. Le revêtement argileux était donc déjà né !
Les hasards des caractéristiques des argiles choisies pour leurs couleurs et les méthodes de cuisson utilisées ont progressivement révélé que certaines terres avaient la faculté de ne pas cuire rouge ou blanc comme la plupart des argiles, mais plutôt foncées, marron, lie de vin parfois, et de devenir brillants sous l’effet d’une forte chaleur.

Cela permit donc, dès le temps des civilisations mésopotamiennes, de peindre des motifs à l’aide d’une dilution d’argile dont la couleur allait se modifier lors de la cuisson. La Grèce antique, depuis les périodes archaïques jusqu’aux temps de la domination romaine, va nous offrir un incroyable florilège de peintures et de revêtements, tous préparés à partir d’argiles, sans adjonction de pigments. Les couleurs étant révélées uniquement par l’action d’un feu soigneusement contrôlé.
Il s’agit là d’une céramique à décor en réserve. Les personnages et le chariot de la procession sont peints à la cire, puis les motifs incisés pour révéler certains détails au trait. La pièce et son couvercle sont ensuite trempés dans une suspension d’argile qui s’imprégnera uniquement sur les sections non enduites de cire. Les motifs sont ainsi détourés, un peu comme lors des peintures sur tissus en technique batik. La couleur noire est obtenue par une vitrification partielle de l’argile, suivie d’une réduction qui noircira les oxydes de fer qu’elle contient. C’est une sorte d’apogée pour ces vernis argileux, tant cette technique est délicate à appliquer.
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Pour plus de détails sur le processus de réduction, voir ici : 




































Fond d'une coupe ionienne à figures noires dite « coupe à l'oiseleur ». Découverte: Étrurie(?), fabriqué dans la Grèce de l'est v. 550 av. J.-C. Deux oiseaux, des oisillons dans un nid, une sauterelle et un serpent sont dispersés dans un décor végétal luxuriant où évolue le personnage central (peut-être Dionysos si les arbres à ramures sont identifiés à des ceps de vigne). (Louvre, collection Campana. Cliché libre de droits, source Wikipedia)

Au contraire de la précédente, cette pièce exceptionnelle présente un décor peint de manière conventionnelle, ceci reste tout de même une technique délicate, l’argile doit être déposée en plusieurs couches pour éviter des traits de pinceau trop visibles, Il faut absolument éviter les minceurs qui pourraient laisser apparaître l’argile claire sous-jacente. Les noirs sont issus d’argiles se vitrifiant partiellement à la cuisson, tandis que le rouge est issu d’une terre résistant à cette vitrification et redevenant rouge lors de l’oxydation qui termine le processus de cuisson.

Bien sûr, toutes les céramiques n’étaient pas décorées de motifs aussi élégants, et la grande majorité des pièces à revêtement argileux les plus courantes était de couleur unie, telle cette coupe à vernis noir.
 Ce genre de céramiques connaîtra un très grand succès dans le monde grec, puis gréco-romain. La Campanie, puis plus tard d’autres régions d’Italie, prendront le relais et verront le développement de nombreux ateliers de céramiques à revêtement argileux noir. Les ateliers de Campanie sont les plus connus, et leurs productions seront exportées loin à la ronde. Les Gaulois notamment en étaient friands, et on en retrouve de nombreux exemplaires dans les sépultures aristocratiques. C’était pour ces peuples une céramique importée coûteuse mais très prestigieuse. On retrouve parfois des pièces grecques à figures noires ou rouges dans  les tombes princières de La Tène ancienne, mais aussi des vases de bronze pour les plus riches.
Techniquement, ce vernis est appliqué par trempage, sauf les très grandes pièces qui sont vernies au pinceau, par de nombreuses couches.

Une petite coupe campanienne. Ces céramiques de la région de Naples portent un revêtement argileux qui est souvent d’excellente qualité, et qui a fait la renommée de cette vaisselle.
 
Reproduire de la céramique campanienne est toujours un défi. Les argiles destinées à la fabrication du revêtement doivent être choisies avec soin, leur application par trempage bien uniforme et surtout la cuisson se terminant par une longue phase de réduction, puis une réoxydation. On obtient ainsi un vernis noir profond, parfois aux reflets irisés, «aile de corbeau ».  
Peu avant le tournant de l’ère, on voit en Italie, à Pise ou à Pouzzoles, mais surtout à Arrezzo, une nouvelle variété de céramique à revêtement argileux. La sigillée, de couleur rouge unie, qui tire son nom du sigillum, le sceau du potier qui appose sa signature au centre du vase qu’il vient de terminer, afin qu’il soit reconnaissable entre tous les autres. La sigillée rouge est fabriquée et surtout vernie de même manière que la céramique à vernis noir. Les pièces moulées sont toutefois beaucoup plus fréquentes. Le type de vernis ne diffère pas vraiment des pièces noires. C’est uniquement le processus de cuisson, très oxydant, qui fera la différence.
 
Pose du revêtement d’une sigillée par trempage. Cette argile à revêtement est jaune, et deviendra rouge à la cuisson oxydante, mais en cuisson réductrice il pourrait devenir parfaitement noir.
La sigillée est avant tout une vaisselle standardisée, fabriquée en grandes quantités, souvent pour les militaires, comme ces petites coupes à boire, caractéristiques des premières implantations légionnaires sur le Rhin, les dernières décennies avant le tournant de l’ère.
 
Contrairement à ce qu’on imagine quelquefois, ces pièces sont tournées et polies avant revêtement, et non moulées comme celle-ci-dessous, un des fleurons des ateliers de Perennius Tigrane.
 Ce genre de calice est peut-être, avec d’autres belles pièces d’Arrezzo, une des dernières manifestations de l’art gréco-romain. Au contraire de la précédente, cette pièce est partiellement moulée. Le col est tourné lors du moulage, et le pied, tourné séparément, est recollé par la suite.
Ces céramique rouges connaîtront un succès foudroyant, et les ateliers pratiquant cette technique particulière nécessitant des fours spécialement adaptés, vont rapidement disséminer, notamment en Gaule, où certaines officines vont connaître un essor incroyable. 
On reviendra sur la céramique sigillée gauloise dans un tout prochain article. A partir du début de notre ère, la très rapide expansion de la technique du revêtement argileux en Gaule verra, outre la céramique sigillée, la création de nombreux centres de production et toutes sortes de variétés de vaisselle verront le jour. Tour d’horizon prochainement aussi.